La Voix des Sports - 09/10/2006 |
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C’est une des questions préférées de nos lecteurs : y a-t-il du dopage dans le football ? Pourquoi faudrait-il croire que le sport le plus populaire de la planète soit à l’abri du phénomène ? Il a déjà connu des cas retentissants.
Personne n’a oublié que Maradona avait été exclu du Mondial 1994 pour un contrôle positif. Notre Zizou national a dû témoigner sur le sujet lors du procès de la Juventus Turin. Tout récemment, c’est l’entraîneur de l’Udinese, Giovanni Galeone, qui a mis les pieds dans le plat : « Avec tous les produits que j’ai pris lorsque j’étais joueur, je suis heureux d’être en vie, je suis un miraculé. » Allez faire croire, après cela, que le football est l’ange blanc, le cygne du lac face aux vilains petits canards noirs… Le 15 septembre dernier, la Ligue du Nord-Pas-de-Calais de football organisait le traditionnel congrès médical de la fédération française. Les plus grands spécialistes des plus grands clubs étaient présents. Les organisateurs avaient eu la bonne idée d’ajouter aux différents travaux un débat sur les cadences infernales dans le football et leurs conséquences. Une occasion en or de constater que le monde du football commence à ouvrir les yeux même s’il reste encore des barrières à abattre… Ainsi, Jean Gallice (ancien pro, membre de la DTN) estime que le terme cadences infernales est exagéré. « Cela me fait penser au travail à la chaîne. Le foot, c’est avant tout du plaisir, les charges de travail sont bien dosées, les clubs ont un gros effectif et les entraîneurs sont plus sensibles à la santé des joueurs. »
On pourrait donc croire que tout va bien dans le meilleur des mondes. Erreur. Philippe Bergeroo, ancien gardien du LOSC et aujourd’hui entraîneur national relativise. « Il faut savoir rester raisonnable. Chez les jeunes, on voit parfois des aberrations. Récemment, on a dû freiner un jeune qui en était à un entraînement par jour avec une grosse pression de sa famille et de son club. À seize ans ! Il faut souvent protéger les gamins. Au sein de la DTN, c’est une priorité. Dernièrement, on a refusé une invitation pour un tournoi à l’étranger. Il y avait sept matchs en neuf jours ! » On le voit, le respect de la santé du joueur est devenu une évidence. Les fameux « turnover » sont plus motivés par cet aspect que par le désir de maintenir la cohésion d’un effectif. C’est le signe que le risque de dérapage est présent dans les têtes. Les médecins en ont pleinement conscience.
« Le foot a suivi l’évolution de la société, note Fabrice Bryand, médecin du FC Nantes. Dans mon activité non sportive, je traite aussi de nombreuses pathologies liées au stress au travail. Pour beaucoup de gens, les cadences ont augmenté. L’important, c’est de ne pas subir. Le foot a su s’organiser, les staffs se sont étoffés. Mais nous sommes aussi en face de nouveaux championnats, de nouvelles coupes, de nouveaux règlements qui obligent à aligner des joueurs du match précédent. Notre rôle, c’est de maintenir le sportif en bonne santé. Après, le foot doit se poser les bonnes questions. Lors du Mondial 2002, on a vu des joueurs épuisés. » Un avis corroboré par Pierre Rochcongar, médecin de Rennes : « Le staff, c’est vraiment la clef. La confiance doit être totale. Le dérapage intervient souvent quand des non spécialistes commencent à donner des avis médicaux. Chacun sa compétence. Après, tout le monde a sa responsabilité. Y compris la presse qui commente ou juge des décisions d’un entraîneur. »
Invité pour jouer le rôle de l’avocat du diable, le journaliste Éric Maitrot, auteur de plusieurs ouvrages références sur le dopage, souligne, lui, la frontière étroite existant entre le dopage et la surmédicalisation. « La pression est très forte pour les joueurs, cela a bouleversé le rapport au travail, il y a une profonde surmédicalisation. Il y avait 281 médicaments dans la pharmacie de la Juventus. Un des autres problèmes est la définition du dopage. On entretient le flou sur la question. Une infiltration, est-ce du dopage ? »
Un problème pas si simple à élucider selon les médecins. « Nous avons le devoir de soigner, précise Pierre Rochcongar. Si un joueur vient avec une inflammation, je vais lui prescrire des anti-inflammatoires. Pas parce qu’il doit jouer le match suivant, mais parce que je dois le soigner. En revanche, si un joueur vient me demander un médicament pour mieux jouer, je lui dirai non. Voilà où est ma limite. Ensuite, c’est à chacun d’avoir sa propre éthique. »
Médecine de soin ou médecine de performance, voilà bien le coeur du débat. Un débat qui fait réagir Jean-Pierre Paclet, médecin de l’équipe de France de football. « Il y a des médecins qui réparent et d’autres qui préparent. En France, on répare. Ce n’est pas forcément comme cela que nos confrères étrangers voient les choses.
En France, je ne crois pas au dopage. Quand on me demande le secret du Mondial de l’équipe de France, je réponds que cette réussite, on la doit au château où nous logions. Dès la sortie du bus, les joueurs étaient en phase de récupération, ils profitaient d’une balnéo exceptionnelle. Vous savez, à partir du match contre le Togo, il n’y a eu quasiment que de la récupération. Et d’une manière générale, les pros préfèrent jouer trois fois par semaine, cela leur permet d’éviter les grosses séances physiques qu’ils détestent.
À mon sens, le foot est relativement à l’abri du dopage car on pourra toujours gagner un match face à une équipe qui triche. Ce n’est pas le cas dans les autres sports, si votre adversaire triche, vous aurez envie de vous mettre au niveau. Pas en foot, où il y a d’autres paramètres. Le jour où un produit permettra de faire poteau rentrant plutôt que poteau sortant, là le risque sera plus grand ! »
Une phrase un peu « provoc » qui fait tout de même peur. Ne pas vouloir prendre en compte que le dopage peut améliorer les performances physiques, l’agressivité dans les duels, améliorer la résistance à l’effort, à la fatigue, autant de facteurs déterminants en football, prouve que le ballon rond a encore du chemin à parcourir dans le domaine.
La façon dont la FIFA a géré les contrôles des dernières Coupes du monde en est la meilleure preuve. Alternant entre le sanguin et l’urinaire, entre la recherche ou pas de certains produits (EPO), la FIFA entretient, plus ou moins volontairement le flou sur la question.
Pour le moment, la peur du scandale semble encore dominer sur la volonté de rendre le sport plus équitable, plus sain. Il en va pourtant de la santé des joueurs…














