La Voix des Sports - 09/10/2006 |
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Médecin contrôleur sur le Tour de France, le docteur Olivier Brochart est un fervent défenseur de la lutte antidopage. Il nous explique pourquoi.
– Docteur Brochart, comment en arrive-t-on sur le Tour de France à épouser la cause de la lutte antidopage ?
« Très intéressé par l’analyse des comportements (il est psychiatre au Centre Hospitalier de Douai) et passionné de sports, je me suis tourné depuis quinze ans sur les conduites dopantes. En 2001, j’ai obtenu l’assermentation pour les contrôles et les prélèvements antidopage. Après différentes missions dans le monde du cyclisme, j’ai répondu favorablement à une demande, en janvier 2005, du ministère de la Jeunesse et des Sports afin d’officier sur Le Tour de France. »
– Vous avez alors réalisé des prélèvements sanguins ?
« Je n’avais plus réalisé d’examens de cette sorte depuis le début de mes années de médecine et j’ai dû réapprendre auprès de mes équipes d’infirmières du service de psychiatrie ! Pour la petite histoire, le premier coureur qu’il me fut missionné de contrôler trois jours avant le départ du Tour était Lance Armstrong. Je crois que j’ai vécu là le plus grand stress de ma vie. Mais cela s’est bien passé. Il m’a facilité la tâche . »
– Comment s’est passé le Tour 2006, avec les rebondissements que l’on connaît ?
« Nous étions cette fois deux équipes distinctes de médecins préleveurs et d’inspecteurs UCI officiant, certes, dans le même mobil-home, mais dans des locaux bien distincts. Un gain de temps énorme pour les coureurs, car nous avions pour chaque équipe entre trois à cinq sportifs à contrôler quotidiennement. »
– Comment les sportifs ont-ils réagi à ces nouveaux contrôles ?
« De l’avis de tous, nous avons eu une vague impression que la peur s’inversait. Les coureurs arrivaient avec leurs soigneurs, avec plus d’appréhension. Ils se demandaient s’ils avaient été tirés au sort, soit pour le prélèvement sanguin, soit pour le prélèvement urinaire. Nous avons tous noté cette sensation de leur part. Certains le démontraient même avec véhémence. D’autres, surtout les Français, saluaient cette détermination. »
– Que pensez-vous de la nouvelle législation ?
« En avril 2006, est sortie cette nouvelle loi sur la lutte antidopage, qui renforce les contrôles. Elle distingue maintenant l’Agence française de lutte antidopage (AFLD), qui remplace l’ancienne Commission de prévention de lutte contre le dopage. Elle devient l’instance nationale régissant les contrôles. Elle délègue aux fédérations internationales le fait de pouvoir organiser elles-mêmes leurs contrôles pour les compétitions internationales sur le sol français, bien sûr avec la logistique déjà mise en place avec les DRJS et le ministère. »
– Ce discours semble pourtant récurrent ?
« Certes mais on sent une grande détermination de pouvoir maintenant cibler les contrôles, diligenter des contrôles inopinés, et l’AFLD aura les pleins pouvoirs d’exercer des actions ponctuelles envers les sportifs repérés. Ici, je voudrais également rajouter que l’on a dernièrement souvent incriminé l’Union cycliste internationale en manière de lutte antidopage. Je peux vous assurer qu’ils sont à l’initiative, avec à leur tête le Professeur Schattenberg et le Docteur Mario Zorzolli, d’une grande implication en matière de recherche biologique et clinique. Ils ciblent les coureurs suspects. Leurs efforts commencent à être récompensés. Nous avons parfaitement uni nos compétences pendant Le Tour de France pour le résultat que vous connaissez.»
– Pourquoi l’Homme est-il si désireux de pouvoir mettre sa vie en danger pour des résultats sportifs ?
« Jeter un regard sur l’histoire du dopage revient à constater que celui-ci apparaît dès que la victoire s’accompagne d’autre chose que du simple plaisir de gagner. Les exemples sont légion. Au premier siècle avant Jésus Christ, par des décoctions à base de plantes, on tentait de faire fondre la rate des coureurs macédoniens pour qu’ils courent plus vite ! Les pays de l’Est abusaient de potions magiques lorsque le nombre de médailles était en rapport avec la grandeur de la nation. Les hommes ont toujours espéré se surpasser… sans effort.
Les courbes dans le temps se sont inversées : dans les années 60, un médicament était utilisé à visée dopante dix ans après sa mise sur le marché en officines. Actuellement, des substances non encore présentes dans les rayons des pharmaciens sont essayées par des sportifs forts peu scrupuleux. »
– Comment voyez-vous l’avenir en terme de lutte antidopage ?
« Je vous l’ai dit, l’étau se resserre. Mais, la lutte antidopage devra être l’affaire de tous, aussi bien des biologistes avec les avancées en matière de pharmacopée et de recherche de substances interdites ou de métabolites issues de ces produits interdits, que des psychologues, qui devront se pencher sur les comportements suspicieux à détecter.
Les sociologues ont aussi des choses à nous apprendre. Les témoignages des repentis ont fait avancer les choses en décrivant les rituels et les initiations en terme de conduites dopantes. Pour ceux qui connaissent la série « Les Experts », nous pouvons imaginer que dans les années à venir les équipes de médecins experts antidopage puissent être constituées de la même façon. Il s’agira toujours d’un contrôle médical, la loi est claire sur ce mot, mais cela deviendra une véritable expertise. J’aimerais que l’on puisse prouver qu’on ne peut pas être premier dans un état second. Ce sera peut-être le titre d’un livre que j’ai commencé à écrire ! »














