La Voix du Nord - 14/11/2007 |
![]() |
Droits télé, Canal+ et la Ligue : bras de fer pour un magot
Dans les prochains jours, un appel d’offres sera lancé pour les candidats à la diffusion des matchs de L1 entre 2008 et 2012. Entre Canal+, l’actuel opérateur qui veut garder les droits sans surenchérir, et la Ligue, envoyée en mission par les clubs pour obtenir plus, il y a conflit d’intérêts… PHOTOS AFP ET BRUNO FAVA
Ces derniers temps l’ambiance était tendue. Canal+ et la Ligue ne souhaitaient plus s’étendre sur le sujet devant les journalistes. Depuis hier elle est carrément exécrable. La divulgation d’un sondage IPSOS dans le journal Les Échos est venu faire pencher la balance dans le camp de la Ligue. Selon nos confrères, la perte du football pour Canal+ entraînerait une importante fuite : 43 % des abonnés (soit 1,5 million de clients) pourraient partir (24 % certainement, 19 % probablement). Le genre de cataclysme dont une entreprise cotée en bourse aurait bien du mal à se relever.
Ce sondage tombe à point nommé et le hasard fait bien les choses pour la Ligue, mais est-ce seulement un hasard ? La Ligue jure ne pas être au courant, quand IPSOS reconnaît que son commanditaire est un client anonyme et que ce n’est pas courant. « C’est louche… », aurait jugé Bernard Blier en levant un sourcil de « barbouze ».
En même temps, il n’y a rien d’étonnant à ce que la crispation gagne du terrain à mesure que l’échéance approche. Les enjeux sont trop importants et tout le monde est dans son bon droit ou le vit comme tel.
Baisse d’audience
Canal+ avait été un peu piégé lors du premier appel d’offres masqué, en versant cette somme colossale de 600 M€ par an alors que 400 M€ suffisaient pour battre TPS, son seul concurrent. Être le mécène du foot français depuis trois ans ne l’a visiblement pas comblé. La chaîne cryptée bat campagne depuis le début de saison pour dénoncer le manque d’attractivité de la L1 et l’absence de stars dans le but de faire baisser les prix. Comme toute entreprise, elle cherche à optimiser sa gestion pour dégager des profits. On sort donc les arguments massues, comme la baisse de l’audience moyenne du dimanche soir (22,1 % des abonnés contre 32,1 % la saison dernière), un phénomène dû en partie à la Coupe du monde de rugby. En même temps, Canal+ n’évite pas la contradiction du choix de la notoriété au détriment du spectacle. L’OM, le PSG et Lens, qui ont vécu un début difficile, font partie des six équipes les plus mises en valeur cette saison. Qu’elles ne se vexent pas si on met en doute la qualité de leur jeu pendant la période.
Dans ce face-à-face où beaucoup de coups sont permis, la Ligue, le vendeur, gonfle ses muscles. Les clubs veulent plus, donc tout est bon pour valoriser d’autant que les offres seront masquées. C’est maintenant que se joue la surenchère, le magot à 750 M€ comme l’a rêvé Jean-Michel Aulas ! La semaine dernière, la Ligue a ainsi fait sa pub, en annonçant le record d’abonnés en L1 (plus de 245 000) et le record de spectateurs sur une journée de championnat (plus de 250 000). Elle a obtenu ce qu’elle voulait en prolongeant la durée du bail à quatre ans et en garantissant au diffuseur l’exclusivité des images jusqu’au dimanche minuit (notre édition d’hier). Suffisant pour un terrain d’entente ? Ce débat en surface n’étant que la partie émergée de l’iceberg, on imagine le bras de fer en coulisses…














