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La Voix des Sports - 10/09/2007
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Ces Bleus qui n’ont peur de rien
Championnat d’Europe masculin

 Ronny Turiaf et les Bleus ne doutent de rien. Madrid (envoyée spéciale). – « Moi, j’ai toujours confiance ! Dans mes coéquipiers, les coachs, les kinés… » Quand Ronny Turiaf déboule en zone mixte, ça dépote. Le pivot martiniquais n’est pas du genre à se démonter facilement.


Douleur de son épaule martyrisée par Nesterovic, défaite contre les Slovènes (67-66) au premier tour, mercredi ? Ronny zappe et enchaîne, comme en NBA, et comme tous les Bleus, avec une facilité presque déconcertante. Ce soir-là, à l’aéroport d’Alicante où ils embarquaient pour Madrid, défaite encore chaude, ils devisaient tranquillement, sérénité déjà retrouvée.


La France sait rebondir, l’Allemagne l’a appris à ses dépens samedi, bousculée par une équipe requinquée en deux jours (78-66). Plus vieux du groupe (30 ans), avec Giffa, de huit jours son aîné, Frédéric Weis décrypte : « Ces mecs-là, pour les perturber, c’est compliqué ! On a la jeunesse et la folie qui nous permettent, enfin qui leur permettent, d’évacuer tout ce qui se passe en bien et en mal et de rebondir chaque fois derrière. On ne pense pas au passé, ni au futur. On vit dans le présent continuellement, en se disant juste : “Ce soir, il faut gagner”. C’est une bonne chose, dans le basket en tout cas. » Phénomène nouveau, si éloigné de Stockholm.

« Totale inconscience ! »

En 2003, les Bleus, montés sur leurs egos étaient pressés de se quitter, détestation insurmontable même pour une médaille, servie sur un plateau à l’Italie.


Deux ans plus tard, en Serbie, changement radical : la France s’était remise d’une entame ratée, puis du scénario cruel de la demi-finale contre la Grèce (67-66) pour encorner l’Espagne (98-68) et décrocher le bronze (98-68). « Depuis que les jeunes sont arrivés, c’est comme ça, analyse le pivot de Bilbao. C’est rare qu’une équipe de France puisse rebondir ainsi. Dans le passé, on se serait effondrés et on aurait terminé 4e comme des blaireaux. C’est nouveau comme démarche mais, maintenant, ça rentre dans la coutume. »

Avec une dose d’inconscience ? « Pas une dose, c’est de la totale inconscience ! Non, c’est simplement qu’ils n’ont rien à perdre, ils veulent se donner à 100 % et ce n’est pas en ressassant qu’on progresse. Cet état d’esprit donne confiance. Il se traduit surtout par des regards, une complicité, des petites tapes sur les fesses. » Vice-champion olympique en 2000, Weis adhère avec un recul, mâtiné de tendresse : « La vie quotidienne en bleu avait toujours été un peu compliquée, mais là je suis comme je dois être normalement, un peu fou, mais pas autant qu’eux. J’essaye de rattraper le niveau mais ce n’est pas évident  ! Je me sens plus à l’aise dans cette génération-là. » Ces gars-là n’ont pas peur non plus de se dire les choses, à l’instar de Turiaf qui se prit un savon par Parker, avant la mi-temps contre l’Allemagne, pour une histoire d’écrans. Hétérogène, faite de joueurs aux cultures basket et mentalités diverses, cette équipe atypique vit bien.


« Le truc très positif, indique le novice palois Cédric Ferchaud, c’est qu’il n’y a pas d’egos surdimensionnés, comme dans certains clubs où on a des gars carriéristes. Tous les mecs sont conscients que la gloire de chacun passe par les résultats de l’équipe, il n’y a pas d’envieux. »

Ses stars ne se la jouent d’ailleurs pas. Tony Parker continue de partager sa chambre, avec Boris Diaw, sans exigence particulière que son statut lui autoriserait dans d’autres sports. Quand sa femme, Eva Longoria, passe à Alicante, elle loue une autre chambre. Et lui ne rate aucun rite de la vie bleue protégée par un Claude Bergeaud soucieux d’éviter les « interférences extérieures. »

« On s’entend tous bien, mais Claude, c’est un peu le ciment du groupe, reconnaît Jo Gomis. Il fait en sorte de mettre tout le monde au même niveau et trouve des choses hors basket, pour que personne ne s’échappe, des petits jeux, mais ça reste entre nous ».
Et entre eux, ils sont prêts à tout vivre.

Sandrine ARRESTIER
Photo AFP

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