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La Voix du Nord - 28/08/2008
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Daouda Sow : « Cette médaille d'argent, c'est dix ans de travail »

PHOTO PATRICK JAMES Cinq, six heures de sommeil depuis sa descente d'avion lundi soir... Trois jours que Daouda Sow ne cesse de savourer son épopée... et sa médaille d'argent olympique. Trois jours qu'il raconte et qu'il rigole avec une gentillesse naturelle. Sow, c'est un homme vrai qui ne veut surtout pas s'arrêter...

 

PROPOS RECUEILLIS PAR DIDER PARSY ET WILFRIED HECQUET

PHOTO PATRICK JAMES

 

> Quels sont les sentiments qui, maintenant, vous animent ?

- « Ma qualification n'est pas venue comme ça. Je n'ai pas été parachuté. Cette médaille, c'est dix ans de travail, ce n'est pas une surprise. Les JO restent l'événement le plus médiatique de la planète. De la démesure ! On se retrouve tout petit à côté des Bryant, Nadal et autres. Après quelques minutes, on s'aperçoit que ce sont des êtres humains, comme nous. »

 

> Qu'est-ce qui a fait la force de l'équipe de France de boxe ?

- « Nous nous étions dit que le meilleur moyen de savourer était d'aller jusqu'au bout. J'ai eu la chance de le faire. Je remercie mes "collègues" qui n'ont pas connu cette gloire mais qui ont pensé au collectif. Ils ont donné aux autres l'envie de continuer. Nous formons une grande famille. Finalement, ce n'est pas Sow qui a gagné... Nous avons tous gagné ! »

 

> À quoi, à qui pensiez-vous lorsque vous montiez sur le ring ?

- « À dire vrai, dans cette arène, je pensais à tout... et à rien ! Tellement de choses se bousculaient qu'il devait y avoir un second Daouda qui sortait de mon corps... J'étais dans mon combat et je parvenais à entendre les conseils de Dominique Nato et d'Halim Zehrir, mon entraîneur. Certains bruits me sont si familiers que je les reconnaissais parmi les onze mille spectateurs. »

 

> L'argent, et pas l'or : ressentez-vous un goût d'inachevé ?

- « La décision fut difficile à admettre. La déception passée, nous nous sommes remonté le moral au sein de l'équipe et nous avons fait la fête. Maintenant, je prends véritablement conscience de cette récompense : je mesurais le poids de cette médaille, mais celle-ci est encore plus lourde compte tenu de l'impact auquel je n'avais pas pensé. À quoi bon polémiquer sur l'arbitrage, au risque de me faire encore plus mal moralement ? Je vais me gâcher la fête ! Alors, je savoure. Il n'y a pas de regret à avoir. Deux points d'écart : c'était lui ou moi. Il y a toujours un vainqueur et un perdant. »

 

> Avez-vous eu beaucoup de contacts avec l'extérieur ?

- « La veille de mes combats, j'éteignais mon téléphone portable. Le reste du temps, j'avais des contacts avec ma famille je savais donc l'engouement que suscitaient mes combats. Ça ne donnait qu'un plus à ma motivation. C'est pour cela que je dis que NOUS avons gagné... »

 

> Au sein de l'équipe de France, de qui vous sentiez-vous le plus proche ?

- « On ne va pas faire de jaloux, c'est un esprit d'équipe qui nous animait tous... La boxe donne l'image d'une discipline individuelle, mais la force du groupe France était son collectif. Il n'y avait pas de leader : chacun amenait sa pierre à l'édifice, avec ses qualités et ses défauts. Tout s'est fait naturellement. »

 

 

> Votre posture à la Thuram après votre demi-finale, comment l'expliquez-vous ?

- « Je me suis lâché ! C'était plus un délire. Entre potes. À Hem, lorsque je joue au football, on me compare souvent à lui. C'est un sportif qu'on ne peut pas ne pas admirer. On a aussi comparé mon parcours à celui de Brahim Asloum, à Athènes en 2000. Nous sommes tous différents. Thuram, c'est Thuram... Asloum, c'est Asloum... Je reste Daouda Sow. »

 

> Vous avez aussi reçu l'éloge de très grands champions...

- « C'est flatteur, ça fait plaisir. Mais ce ne sont aussi que des êtres humains. Nous sommes tous au même niveau ... »

 

> Quel a été le lien avec Hem ?

- « Avant de partir, des potes m'avaient remis un livre avec des petits mots. La veille, avant chaque combat, je les relisais. Ça me faisait rire, et me donnait la motivation, en plus des messages que je recevais. Il est très dur de faire "kiffer" les gens. Je ne mesure pas encore tout le bien que j'ai pu apporter. J'en prends conscience doucement, c'est impressionnant... Mais je trouve qu'on me met un peu trop haut. Il ne faut pas me mettre sur un piédestal. »

 

> De quoi seront faits vos prochains jours ?

- « Place à la fête ! Je ne partirai pas en vacances je vais profiter de la famille, des amis . »

 

> Comment envisagez-vous la suite de votre carrière ?

- « Je verrai les propositions. Il y a quelques petites ouvertures, mais il faut attendre. Pour l'heure, je veux faire un break en savourant cette médaille. Je veux aussi penser à mon club qui, dans la difficulté, m'a rendu plus fort. Quelques années auparavant, je n'avais pas d'emploi je voulais montrer qu'avec rien, on pouvait aussi réussir. Dire que j'avais failli arrêter. Mais la boxe est une drogue. C'est d'abord mon sport, mais s'il m'aide à me nourrir, je ne vais pas cracher dessus. »

 

> Sur les quartiers, qu'auriez-vous à dire ?

- « Il y a autant de bonnes choses à y prendre qu'à Neuilly... »

 

> Vous allez revoir le Président Sarkozy, que lui direz-vous ?

- « Ce n'est déjà pas donné à tout le monde de le rencontrer à l'Élysée. J'avoue que je n'y ai pas encore réfléchi. Je pense d'abord à ceux qui ont contribué à mon ascension. J'ai plus envie de dire merci à M. Vercamer... »

 

> La médaille vous a rapporté 20 000 €. Qu'en ferez-vous ?

- « Les mettre sur un compte et les laisser pourrir (rires) ! Non, je n'en ai aucune idée. Mais je ne me suis pas battu toute l'année pour acheter une voiture. Je vais faire plaisir à mes proches. En fait, je n'aime pas parler d'argent. »

 

> Cette médaille d'argent, où allez-vous la mettre ?

- « Je vais d'abord la prêter une semaine à Halim Zehrir, mon coach . Malheureusement, il va devoir me la rendre, parce que je n'en ai qu'un exemplaire.»

 

 

REPÈRES

Daouda Sow est né le 19 janvier 1983 à Roubaix. Il est le quatrième d'une famille de cinq enfants (quatre garçons, une fille). Il a débuté la boxe à l'âge 12 ans, au Boxing-club Hémois, son club de toujours. Gaucher, il est entraîné par Abdel Halim Zehrir.

 

- Son palmarès avant les Jeux : 92 combats, 67 victoires, 1 nul, 24 défaites.

 

- Pour parvenir à la finale olympique (60 kg), il a battu le Nord-Coréen Kim Song Guk, le Portoricain José Pedraza Gonzalès, le Chinois Hu Qing et le Cubain Yordanis Ugas. Il a été battu, en finale, par le Russe Alexeï Tishchenko.



Championnat L2

Lundi 1er décembre

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