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La Voix du Nord - 23 février 2006
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« Il aurait touché un million d’euros de cette triade »
Le président de l’Excelsior Mouscron, Edward Van Daele, a viré son entraîneur impliqué au Lierse

– Comment avez-vous appris que votre nouvel entraîneur, Paul Put, était impliqué au Lierse dans des matchs truqués ?
« Tant que je n’avais pas d’éléments directs, je ne pouvais pas me baser sur des rumeurs. Je m’en tenais à la présomption d’innocence jusqu’à vendredi dernier où Paul Put est arrivé perturbé. Il avait été la victime pour la énième fois la nuit précédente de menaces armées. Une foule de journalistes l’attendait. Il aurait alors pris peur, il était très “défoutu” par les événements de la nuit. Et il a craqué dans le vestiaire auprès de ses deux adjoints en avouant ses activités au Lierse. Les adjoints s’en sont ouverts à Alain Tirloit (le directeur sportif) qui m’a prévenu aussitôt. »


– Avez-vous parlé personnellement à Paul Put ?
« Le matin, je n’étais pas présent au club mais je suis revenu en fin d’après-midi. J’ai entendu les adjoints, puis j’ai eu Paul Put au téléphone et il m’a confirmé sa participation pour au moins deux matchs. Il connaissait le Chinois qui l’avait approché par un intermédiaire pour laisser filer plusieurs matchs en accord avec le noyau dur des joueurs du Lierse, en échange d’une participation financière. »
– A-t-il donné des détails sur certains matchs ?
« Il m’a raconté le cas de Lierse - Anderlecht. Il était prévu que cela se termine par une victoire d’Anderlecht 1-0. Or cela ne s’est pas passé comme prévu (1-1). D’où la fureur des Chinois qui ont menacé les onze joueurs mouillés. Il fallait restituer l’argent sinon on s’exposait aux pires sévices. Les joueurs auraient rendu l’argent. Il a donné une foultitude de détails de cette nature. C’est difficile de truquer un match, il faut mouiller beaucoup de joueurs, il ne suffit pas d’un gardien ou d’un arrière. »


– Quelle a été votre réaction ?
« J’ai eu un sentiment de tromperie qui laisse un goût amer. Voilà quelqu’un qui s’était paré des plumes du paon, qui est probablement un excellent entraîneur mais avait occulté un pan de sa carrière récente qui l’incriminait personnellement dans l’organisation systématique de matchs truqués en relation avec une mafia chinoise. Je ne pouvais que mettre un terme à son contrat immédiatement. Je ne peux pas admettre cette attitude et de bafouer ainsi l’éthique. Il a trompé les dirigeants de Mouscron pendant plusieurs semaines. Depuis, il a essayé de nier un peu mais au regard de ce qu’il nous a dit, c’est tragique et dérisoire. D’après ses paroles, il aurait touché 1 ME de cette triade chinoise. »
– L’Excelsior pourrait-il être impliqué ?
« Je ne le pense pas. La fraude est d’une ampleur jamais égalée dans le football belge mais tous les joueurs, les entraîneurs et les dirigeants ne sont pas des corrompus. Il ne faut pas tomber dans la psychose. Les erreurs d’arbitrage existent, un coup de pied qui part de travers, un gardien qui se rate aussi. Tout devient soupçon, ce n’est pas une démarche intelligente. »


– Modeste économiquement, le championnat belge n’était-il pas une proie facile ?
« Cette affaire est liée à la fragilité des clubs. Les rapaces se ruent toujours sur les gens affaiblis. Au Lierse, les joueurs n’auraient pas été payés depuis plusieurs mois. Dans un tel contexte, on devient vulnérable. La responsabilité des dirigeants est là. En outre, je suis effondré par la naïveté qui accompagne ça. J’ai dit à mes joueurs que c’est le menu fretin, les lampistes qui allaient tomber. Pas la mafia, les gros bonnets qui blanchissent l’argent, réfugiés derrière trois frontières et des sociétés offshore. Eux, sont loin. »
– Le coup est dur pour le football belge… « Il faut assainir, éradiquer le mal là où il est. Il faut mettre tout à plat. Plus vite ça ira, mieux ce sera sinon, on risque de détruire la structure même du football belge. »


Recueilli par Ol. B.

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