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La Voix des Sports - 27 février 2006
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Leslie Djhone : « Je suis en train de me reconstruire »
L’invité
 Leslie revient en douceur et ne veut pas brûler les étapes. Les spectateurs présents le vendredi 3 mars au Stade couvert régional de Liévin pour assister à la dix-neuvième édition du meeting Gaz de France - Pas-de-Calais seront en quelque sorte des privilégiés puisqu’ils seront quasiment les seuls à voir Leslie Djhone à l’oeuvre cet hiver. Après une sortie sur 200 m à Eaubonne, le 300 m de Liévin sera, en effet, la deuxième et dernière apparition du Français durant la saison en salle. Après une année 2005 gâchée par les blessures et la brouille avec son ami Marc Raquil, le protégé de François Pépin veut mettre tous les atouts de son côté pour repartir de l’avant.
– Leslie, vous n’avez prévu que deux sorties en salle cet hiver. Pourquoi ?
« Parce qu’il ne faut pas brûler les étapes. Je viens de vivre une très mauvaise saison et j’avais d’abord besoin de me reconstruire. Ma priorité est de revenir au meilleur niveau cet été. Je veux redescendre sous les 45 secondes sur 400 m. Il y aura suffisamment de compétitions à disputer à ce moment-là. Je n’ai pas pu m’exprimer comme je le voulais lors des derniers championnats du monde, à Helsinki. Cette fois, je ne veux vraiment pas me louper.
Je ne voulais pas monter directement sur 400 m cet hiver et comme il n’y a plus de 200 m... » – Vous le regrettez ?
« Oui, c’est une épreuve qui permettait de travailler sa vitesse. Je regrette surtout qu’il n’y ait plus de 200 m aux championnats de France car ça laisse pas mal de gens sur le carreau. Après, sur le plan international, je peux comprendre cette décision. C’est vrai que le couloir fait beaucoup et que l’on ne pouvait pas espérer grand-chose si on ne tirait pas le bon. » – Vous évoquez le besoin de vous reconstruire. Cette année 2005 a donc été si dure à vivre ?
« C’était très difficile dans le sens où je n’avais jamais eu de doutes par le passé. J’avais toujours progressé jusque-là. Je n’avais jamais vraiment connu de bas. Forcément, ça fait encore plus bizarre de se planter, de ne plus réussir de bons chronos, de se faire battre par des gens que l’on avait l’habitude de dominer. Avec le recul, je pense que ça va me rendre plus fort, il faut s’en servir, rebondir dessus pour les années à venir.
Heureusement, mes proches m’ont toujours soutenu et mon amie, qui est sportive aussi, était là dans les moments difficiles, ça va me permettre d’appréhender les choses différemment. J’ai désormais une autre vision de la compétition. » – Et sur le plan physique ?
« Il faut là aussi se reconstruire. Je dois apprendre à fonctionner avec ce nouveau corps qui a été un peu meurtri. Tout ne revient pas comme ça d’un seul coup. Les grosses blessures laissent forcément des séquelles. Il y a eu un gros travail à faire en musculation. Et je fais aussi plus attention désormais pour éviter de me blesser, de nouveau, au même endroit. » – Vous regrettiez d’avoir perdu beaucoup de vitesse l’an passé, où en êtes-vous ?
« Ça va beaucoup mieux. C’est en bonne voie. Mon 200 m en 21’’23 à Eaubonne alors que je n’étais pas préparé spécifiquement, que je faisais encore des séances de 500 m une semaine avant, ça veut dire qu’il y a de la vitesse derrière. » – Vous aviez évoqué un possible départ aux États-Unis. Finalement, vous êtes restés en France. Pourquoi ?
« Partir aurait sans doute été plus une fuite qu’autre chose. J’ai encore des choses à faire ici. Je ne pouvais pas rester dans les conditions de l’année dernière, mais on a totalement changé les méthodes d’entraînements. Déjà, François Pépin a été intégré à la Fédération, donc ça lui permet de mieux gérer son temps et d’en accorder davantage à chacun. C’est mieux pour lui comme pour nous. La démarche est plus individuelle, plus personnelle. Bien sûr, il y a toujours des entraînements collectifs, mais sur les points techniques, on fait des séances spécifiques. Marc et moi, on ne fait pas forcément les mêmes choses. » – Ces changements étaient une condition pour rester ?
« Oui. Je ne vais pas dire que l’entraînement devenait une routine, mais il y avait quand même des habitudes qui s’installaient. Cela dit, c’était une méthode qui avait toujours fonctionné par le passé. Elle aurait peut-être même pu marcher encore l’an passé, s’il n’y avait pas eu toutes ces embrouilles, ces animosités qui ont parasité notre travail. » – D’autant que cette querelle avec Marc Raquil a été très médiatisée. Trop à votre goût… « Oui, c’est clair que j’avais trouvé ça exagéré. Les journaux ne parlaient plus que de ça, le conflit Raquil-Djhone. C’était non seulement amplifié, mais surtout je trouvais ça très déplacé pour les athlètes qui réalisaient de belles choses et dont les performances passaient au second plan. On avait vraiment l’impression de faire du “people”. Cela dit, je comprends que les gens qui nous avaient vus si proches à Paris en 2003 puissent se poser des questions, mais c’est allé bien trop loin. » – Le problème a été réglé ?
« Oui. Ça va aussi me servir de leçon pour prendre un peu moins les choses à coeur à l’avenir. On a fait des erreurs tous les deux. Aujourd’hui, on a bien conscience que l’on a besoin l’un de l’autre pour progresser, que l’on peut bien travailler ensemble. On fait table rase du passé et on avance. »
Propos recueillis par David DELPORTE
Photos S. MORTAGNE et P. DELECROIX
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