La Voix du Nord - 02 mars 2006 |
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Athlétisme - Trop de pression sur Pognon ?
Le Martiniquais, qui sera ce week-end à Liévin, tarde à confirmer ses promesses de 2005. Son entraîneur, Guy Ontanon, réclame de la patience et moins d'exigences.
par David DELPORTE - L’an dernier, à la même époque, Ronald Pognon était arrivé dans le Pas-de-Calais en véritable cador de l’athlétisme mondial. Tout auréolé de son record d’Europe du 60 m en 6’’45, le Martiniquais s’avouait même près à défier les Américains. Aujourd’hui, la donne est malheureusement bien différente. Le meilleur sprinteur de l’hiver dernier pointe, cette saison, au 37e rang de la hiérarchie mondiale avec un chrono de référence de 6’’64, bien éloigné des 6’’52 de l’Américain Leonard Scott.À Liévin, demain soir, lors du meeting Gaz de France - Pas-de-Calais ou dimanche, lors de la Coupe d’Europe, la question pour Ronald Pognon ne sera donc pas de savoir s’il peut être un candidat au podium mondial, dans dix jours à Moscou, mais plutôt s’il est en mesure de s’y rendre sans risquer de prendre une nouvelle grosse claque, après celle subie en demi-finale des Mondiaux d’Helsinki, l’été dernier.
Objectif Göteborg
Soucieux de se rassurer, le week-end dernier, lors des derniers championnats de France à Clermont-Ferrand, l’homme est, en fait, reparti d’Auvergne avec un chrono plus que moyen de 6’’68. « Je viens d’enchaîner deux grosses semaines de travail. J’avais beaucoup perdu en musculation, ce qui fait que je manquais de puissance. Mes chronos sont moyens parce que je suis un peu fatigué et que la piste de Clermont ne m’a jamais vraiment réussi. Je suis convaincu que ça va aller bien mieux à Liévin. Je sais que j’ai moins de 6’’60 dans les jambes », assure-t-il.
« Il est évident qu’il faut faire moins de 6’’60 pour être à la lutte avec les meilleurs mondiaux », ajoute Guy Ontanon. Perplexe face aux difficultés affichées par son protégé, l’homme tient néanmoins à tempérer sa situation : « Il sent ces derniers temps aux entraînements que ça frémit, mais sans que je sache pourquoi, ça ne passe pas en compétition. Cela dit, ça n’a rien de très grave, dans le sens où ses gros objectifs ne sont pas pour cet hiver. » Comme beaucoup d’autres, Ronald Pognon n’a, de fait, qu’un impératif : briller aux championnats d’Europe à Göteborg, au mois d’août : « La saison en salle est intéressante à effectuer car elle reste un moyen de contrôler ce que l’on fait aux entraînements, poursuit Guy Ontanon. Mais, après, il faut savoir où fixer les échéances. L’an dernier, Ronald a beaucoup donné et son corps a peut-être aussi besoin de récupérer. »
Cadeaux empoisonnés
Physiquement pas au top, Ronald Pognon semble également à la peine lorsqu’il s’agit d’assumer son nouveau statut. Ses 6’’45 de l’hiver dernier et ses 9’’99 réalisées à Lausanne en juillet 2005 font presque office depuis de cadeaux empoisonnés. Ces performances lui ont, certes, offert une formidable exposition médiatique, mais, revers de la médaille, elles lui ont aussi considérablement réduit son droit à l’erreur.
« Je trouve les gens trop durs à son sujet. Il faut arrêter de lui mettre la pression, confirme son entraîneur. Un record, ça ne se fait pas sur chaque sortie. Christine Arron a fait un jour 10’’73 sur 100 m, mais elle ne peut pas établir un tel temps à chaque fois, c’est la même chose pour Ronald.
Et puis, il lui faut peut-être du temps pour digérer ces chronos ou pour avaler la déception d’Helsinki. » Guy Ontanon appelle donc à la patience. Et il n’a, sans doute, pas tort. Ronald Pognon n’a, en effet, que vingt-trois ans et tout l’avenir devant lui pour étoffer son palmarès. Sa partenaire d’entraînement, Christine Arron, en est, indéniablement, le plus bel exemple.















