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La Voix du Nord - 09/10/2007
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Le rêve d’un nouvel été 1998
COUPE DU MONDE DE RUGBY L’exploit de l’équipe de France a soulevé un immense bonheur dans un pays qui pense désormais au titre
 Accueillis en héros hier à l’aéroport de Roissy, Elissalde et ses équipiers ont pris la mesure de l’attente qu’ils suscitent dans le pays. Maintenant, il faut aller au bout. Après son immense exploit de Cardiff, l’équipe de France est attendue par son public pour une belle suite et bien sûr la seule fin qui vaille, celle des contes de fées. De retour au pays hier après-midi, « via » l’aéroport Charles-de-Gaulle, les Bleus, qui ont été accueillis par trois cents supporteurs et… « La Marseillaise », sont aspirés par la vague. C’est l’embrasement général avec l’espoir d’un nouvel été 1998. Quelques clés pour marcher avec eux dans les pas de la bande à Zidane.

PAR RICHARD GOTTE

sports@lavoixdunord.fr
PHOTOS AFP

Comment expliquer l’énorme succès de cette Coupe de monde ?En un mois, nous sommes passés d’une France du rugby plein Sud, parfumée de foie gras, d’aligot et de rascasse, à une cuisine ouverte d’est en ouest, du nord au sud. Les stades sont pleins et le record d’audience télévisée a encore été battu samedi avec 16,6 millions de téléspectateurs (et même un pic de 18 millions en fin de match !). C’est plus fort que le football de 1998 et dans la courbe croissante de celui de 2006. Autre signe qui ne trompe pas : les gens descendent dans la rue. Samedi, dans beaucoup de grandes villes, à Toulouse, Marseille ou Paris, le public a communié devant des écrans géants avant d’improviser des troisièmes mi-temps.


Le rugby a en fait su toucher d’autres coeurs que ceux de sa famille, et son charme si particulier fait des ravages. Les spectateurs oublient qu’ils ne connaissent pas toujours toutes les règles pour apprécier l’esprit, les supporteurs rivaux qui fraternisent, les couleurs, les oppositions de style, le fair-play. L’image de Graham Henry qui vient saluer les Français dans leur vestiaire après la défaite à Cardiff est un modèle du genre, quand on sait la détresse qui habitait le coach néo-zélandais et ses joueurs au coup de sifflet final.
L’émergence du public féminin y est aussi pour beaucoup. Aucune prise de tête à la maison, madame et mademoiselle adorent la barbe de Chabal, les biceps de Kelleher, les courses d’Habana et la plastique tout court d’« El Gringo » Hernandez. Une statistique confiée hier par le président de la Fédération française Bernard Lapasset nous fait même tomber sur les fesses : dans les stades, le public serait féminin à plus de 50 % !
On doit enfin se souvenir qu’un vieux pays comme la France aime retrouver un peu de flamme patriotique et d’occasions de faire la fête dès qu’on lui offre un prétexte. Le scénario est connu : ça s’emballe, l’émotion pique les yeux et du coup on sort sur le palier pour se taper dans la pogne, s’embrasser.
Oublions un instant ce voisin qui n’a toujours pas taillé ses haies…

 

Pourquoi le public français est-il « raide dingue » des Bleus ? – Et si finalement les Français étaient passés par la bonne porte ? On avait laissé des hommes à terre après l’Argentine, meurtris, humiliés, proches du dégoût d’eux-mêmes. La promesse du bagne et la mise à l’épreuve de Cardiff les réhabilitent en superhéros. Le courage dont ils ont fait preuve face aux All Blacks a impressionné et ému le monde entier. L’équipe de France a ajouté une belle pierre à sa légende et son public se reconnaît plus que jamais en elle. L’une et l’autre ont désormais destins liés pour pousser l’aventure jusqu’au bout.

 


Les Français peuvent-ils aller au bout ? – D’évidence oui. Les deux dernières marches à gravir restent bien sûr très périlleuses pour les Français, mais ça, on le savait depuis le début. C’est le jeu de la compétition : il faut tenir sur la durée.
Les pièges sont connus. À commencer par croire que tout est arrivé parce que les Blacks, ultrafavoris, sont passés à la casserole. Eh bien non. L’Angleterre qui arrive revient des enfers et on peut redouter sa fierté, sa roublardise et son « savoir-gagner ». Bernard Laporte confirme que ce sera du 50 - 50, comme ça l’était avant de jouer la Nouvelle-Zélande. La prudence a ses avantages. Face à Vickery et ses « boys », il faut s’attendre à une nouvelle épreuve de force devant pour offrir des opportunités à la somptueuse botte de l’ouvreur. La France devra résister à ça, garder sa discipline et surtout, cette fois, ne pas s’en remettre qu’à son courage, au risque de périr.


En finale, les Bleus pourraient retrouver le Sud, soit face à l’Argentine pour ce qui serait une revanche carabinée, soit face à la rugueuse Afrique du Sud.
Dans les deux cas, ces deux rivaux potentiels présentent d’autres caractéristiques que la Nouvelle-Zélande et l’Australie, représentants d’un hémisphère Sud soufflé par une tempête venue du Nord ce week-end. Premier tour trop facile, approche moins pointue, sens tactique pris en défaut et surtout esprit de cohésion moins accroché à la notion de survie. Comme le basket américain, le sport des ligues fermées (le rugby en Nouvelle-Zélande) touche sa limite, aussi talentueux soit-il, quand la compétition mondiale décide que tout doit se jouer sur un match couperet. •
 

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