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La Voix du Nord - 12/10/2007
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Qu’il est bon de ne pas trop s’aimer…
COUPE DU MONDE DE RUGBY Face à face samedi, la France et l’Angleterre cultivent sur le terrain leurs différences culturelles et leur rivalité historique
PHOTO AFP Entre la France et l’Angleterre, on ne sait jamais qui a tiré le premier, mais on est sûr d’une chose : l’histoire se terminera par une embrouille. « Ils nous trouvent arrogants et on les trouve arrogants », s’amuse Daniel Herrero, le chantre du rugby toulonnais. Samedi, le choc culturel sera encore au coeur de la demi-finale. Et c’est tant mieux.

PAR RICHARD GOTTE

sports@lavoixdunord.fr
PHOTO AFP

 

« La tradition anglo-saxonne est à la tradition latine un peu ce que l’huile est au vinaigre. Il faut les deux pour faire la sauce. » Ce conseil, qui nous est offert par la reine Elizabeth II en cuisine, vient à point pour apaiser les esprits. Il est aussi une forme de reconnaissance pour ce rugby des différences, que cultivent de part et d’autre de la Manche le pays des « Froggies » et la « perfide Albion ».


Si le Coq et la Rose aiment tant se piquer, c’est qu’il y a bien sûr le poids de l’histoire, la Guerre de cent ans, Waterloo, la crise de Fachoda (1898), ce symbole d’une Angleterre hautaine qui met toute sa mauvaise foi dans la balance… France - Angleterre au rugby, c’est le prétexte du sport pour se cogner, se montrer qu’on est différents. Mais avec les Anglais, c’est aussi l’assurance qu’on saura s’arrêter sur une note de fair-play.



Au pays du rugby. – Le rugby est né là-bas, dans la ville éponyme, et toute la culture ovale du royaume est restée éprise de la tradition. C’est un sport apprécié par l’aristocratie dans les universités, le passage obligé pour qui veut devenir un vrai gentleman. C’était la règle en début de siècle. Elle est toujours vraie aujourd’hui.
Vu de ce côté-ci de la Manche, ce rugby des gens précieux peut paraître un peu coincé, quand les Anglais considèrent que les Français sont de mauvais garçons. Les choses ont tout de même évolué en un siècle. Réintégrés dans le Tournoi des cinq nations après guerre, les Bleus ont su convaincre les Britanniques qu’ils étaient leurs meilleurs ennemis. Le France - Angleterre du tournoi est ainsi bien souvent appelé « The Crunch  » (le sommet). Et avec la professionnalisation, les Anglais ont fait appel à quelques stars françaises (Castaignède, Magne, Saint-André, Chabal…) mais aussi à des techniciens comme Pierre Villepreux pour tenter de faire avancer leur rugby.



Aux racines du jeu. – En France et en Angleterre, on ne joue pas le même rugby. Philippe Saint-André, aujourd’hui coach de Sale, explique que la première approche pour les Anglais est la dimension physique. Les Français qui débarquent en Angleterre font plus de musculation en quelques semaines que ce qu’ils avaient pu endurer jusque-là. Avant de jouer, les entraîneurs veulent récupérer des gars bien bâtis, qui seront durs au mal. «  Ils ont une volonté de travail incroyable », témoignait Castaignède lors de son arrivée aux Saracens.
Tout au contraire, en France, on donne le ballon au gamin et on lui demande de s’amuser. La préparation physique ne vient qu’après. Cette différence est d’ailleurs à l’origine du « french flair », expression anglaise. Le public de Twickenham, ce « temple du rugby  » comme disait Roger Couderc, supporte son équipe comme personne, au nom de la reine. Mais il peut aussi être fasciné par un enchaînement dont les Frenchies ont le secret.



En Coupe du monde. – Les deux équipes se sont déjà affrontées trois fois lors d’un Mondial. L’Angleterre mène deux victoires à une. En 1991, les Anglais gagnèrent au Parc des Princes (10-19) en quart de finale, un match marqué par une agression sur Blanco à la réception d’une chandelle. En 1995, la troisième place était en jeu. La France l’emporta (19-9) pour le dernier match en bleu de Mesnel et Sella. En 2003, le 16  novembre, la France, si belle face à l’Irlande en quart, se noya sous la pluie et face à la botte de Wilkinson en demi-finale (20-7). L’Angleterre s’était dégagée la route du titre. Les Français n’ont rien oublié. 
 

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