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La Voix des Sports - 15/10/2007
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Quand les Bleus tournent le dos au « French flair »
France - Angleterre
Saint-denis (envoyé spécial). – « Dire que ce n’est pas une grande Coupe du monde sur le plan du jeu, c’est peut-être une vérité. Le match de ce soir le prouve… » Au-delà de l’élimination aux portes de la finale, cet aveu de Bernard Laporte ne rassure pas. Lâché samedi après la défaite, il vient appuyer le sentiment qui domine, à savoir que les Français cultivent (comme les autres) un certain manque d’ambition au niveau du jeu déployé depuis le début de la compétition. «  C’est vrai, on n’a pas été assez ambitieux », concéda Michalak samedi, tout en s’abritant derrière le respect des consignes.
Depuis le premier match face à l’Argentine, l’équipe de Bernard Laporte semble enfermée dans sa logique défensive, une politique du tout répressif collant à ce principe déprimant qui avance qu’un Mondial se gagne d’abord derrière.
Parfaitement organisée sous la férule de l’Anglais David Ellis, la France a certes été parmi les meilleures dans cet exercice, ne concédant que cinq essais  : deux à la régulière face aux Néo-Zélandais, un qui ne comptait plus face à la Géorgie ; et bien sûr les deux douloureux, le contre assassin de Corleto devant l’Argentine et le coup de filou de la paire Gomarsal-Lewsey devant l’Angleterre.
Outre le fait que cela n’a pas été payant jusqu’au bout puisque les Bleus sont écartés de la finale, on peut s’interroger sur les limites de cette stratégie où l’équipe cherche à ne pas perdre avant de gagner.
Face aux Anglais, l’option de prudence fut ainsi à coup sûr la moins bonne. Autant face à la Nouvelle-Zélande, il était vital de tout miser sur la défense, le contre et l’occupation du terrain au pied, autant cette fois, il fallait proposer autre chose car Wilkinson et ses boys ne jouent pas vraiment comme les Blacks.
Ce ne fut pas le cas, le match fut abordé comme à Cardiff et c’est la timidité qui a perdu les Français. Prolonger le bras de fer des avants, choisir le plus souvent l’option au pied, en cherchant en plus systématiquement la longueur ou la chandelle au lieu d’essayer le coup tactique… Les Français ont joué comme des Anglais, mais les élèves ne valaient pas les maîtres.
Évoluant contre nature, se heurtant à un pack rugueux et rusé comme celui des Argentins, avec des ballons ralentis, contestés ou arrachés au sol, les Bleus n’ont jamais su mettre le rythme qu’il fallait pour prendre en défaut la défense anglaise. Ils ont hésité à prendre des risques, n’ont jamais trouvé la profondeur nécessaire ou le décalage pour perturber l’organisation défensive de la Rose.
Au final, ils furent rarement en position d’aller à l’essai. On peut penser qu’ils manquaient peut-être de fraîcheur. Surtout, leurs schémas d’attaque ne sont plus suffisamment variés ou inspirés du « French flair », enfants de l’intelligence situationnelle chère à Pierre Villepreux et à l’école toulousaine, cette marque qui fait la réputation du rugby français dans le monde entier.
Perdre en demi-finale d’un Mondial n’a en soi rien d’infamant. Il est toutefois dommage de constater que cette équipe, qui avait les moyens d’aller au bout (elle l’a montré contre les Blacks), n’a pas su exploiter toute la richesse du rugby tricolore pour se sublimer.

Richard GOTTE
Photo Patrick DELECROIX

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