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La Voix des Sports - 24/07/2006
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Boris Diaw : « Je ne vais pas installer une monarchie ! »
Boris Diaw (à droite) a été promu capitaine des Bleus. PHOTO JEAN-YVES BONVARLET Capitaine ? Boris Diaw ne l’avait jamais été. En fouillant sa mémoire, revient bien une saison en minimes, aux JSA Bordeaux, une autre à l’INSEP.  Mais, depuis, pas de brassard, en club ou en sélection. « Ma mère, elle, l’a été. » Cadre des Bleus, il emboîte à nouveau le pas d’Élisabeth Riffiod, sa demoiselle de Clermont de maman. Jeudi matin, à Strasbourg, à la veille du premier tournoi de préparation au Mondial, le staff de l’équipe de France l’a intronisé. Il succède à Antoine Rigaudeau.

PAR SANDRINE ARRESTIER (Photo AFP)

Auteur d’une saison NBA remarquée, à Phoenix, et récompensée d’un titre de MIP, (« most improved player », joueur ayant le plus progressé), Boris Diaw s’est glissé dans le costume avec aisance, en dépit de ses réticences initiales. « Quand je l’ai rencontré aux États-Unis, raconte le sélectionneur Claude Bergeaud, Boris ne souhaitait pas l’être, il m’a dit : “Je suis un branleur, je n’ai pas l’âme d’un capitaine”. On en a souvent reparlé. C’est une nouvelle disposition qui fait grandir. Comme quand on devient père de famille. J’espère que ce statut lui apportera une forme de maturité supplémentaire, même s’il en a déjà beaucoup plus que la moyenne. »
« Rassembleur, qui arrive à faire passer les choses, à dédramatiser les situations ou les dramatiser si nécessaire », le gaillard s’est imposé avec l’élégance enjouée qu’il trimballe sur le terrain comme dans la vie. Rencontre.

– Boris, qu’est-ce qui vous a poussé à accepter le capitanat ?
« C’est vrai, je n’étais pas trop motivé. Je n’ai pas refusé le poste à la base, mais je ne savais pas si j’étais capable de pousser des coups de gueule. D’autres auraient pu l’être, vu leur expérience, leur personnalité. En fait, à part les plus jeunes et les nouveaux, les 17 auraient quasiment pu y prétendre. Je ne me sens pas spécialement l’âme d’un leader. Je ne suis pas du genre à crier à tout va, à imposer des choses. Je ne me trouvais pas légitime. Mais il y a différentes façons d’aborder les choses, je vais essayer de jouer le jeu à ma manière. En tant que capitaine, on a quelques responsabilités mais ça ne va pas changer grand-chose par rapport à l’équipe. Je n’ai pas l’intention d’installer une monarchie ! C’est à tout le monde d’apporter sa pierre à l’édifice. Je vais écouter, dire ce que je pense aussi, mais tout le monde a droit à la parole. »
– Où en le groupe France depuis ses retrouvailles, le 9 juillet à Divonne-les-Bains, dix mois après le bronze européen ?
« Pour l’instant, ça se passe très bien, comme ces dernières années. Il y a une bonne ambiance, très cool. Il faut intégrer les nouveaux, même certains anciens ont évolué dans leur jeu, changé de statut, mais la dynamique est bonne. »
– Le tournoi de Strasbourg était le premier vrai test, quelles leçons en tirez-vous ?
« Dans l’ensemble, ça a été un bon tournoi. En préparation, le but ultime n’est pas de gagner, mais on l’a fait et ça a été positif aussi bien défensivement qu’offensivement. L’an dernier, le groupe était un peu nouveau et devait apprendre à se connaître ; là, c’est fait. Ça aide d’avoir une histoire. Et avec certains joueurs, comme Tony (Parker) ou Mickaël (Gelabale), on joue ensemble depuis longtemps, les automatismes reviennent vite. »
– Trois joueurs, sur 17, ont quitté la sélection hier, comment se vivent ces moments ?
« C’est inévitable, c’est comme ça que marche une sélection. Tout le monde pourrait avoir sa place, mais je ne suis pas sélectionneur, je n’ai pas de rôle à jouer. Au début, ça touche forcément. Les départs sont toujours difficiles à vivre, ils affectent la sélection. À chacun d’assumer ce moment. Si vraiment ça posait un problème, je pourrais avoir, en tant que capitaine, un rôle à jouer, mais je n’ai jamais connu de gros problèmes. C’est simplement une petite déception, une baisse de moral. Ça ne dure pas. Tout le monde est assez intelligent pour savoir ce qu’est une sélection et que, de toute façon, on finira à douze. »
– Quels sont les objectifs de la France au Mondial ?
« D’abord les quarts de finale, ce serait quelque chose de bien. Depuis la création des championnats du monde, c’est seulement la cinquième fois que la France participe et encore, la dernière (en 1986), elle était invitée. Alors, le fait de s’être qualifié, en soi, était déjà bien. D’entrée, avec nos deux premiers matchs (Argentine, championne olympique et vice-championne du monde, et Serbie, championne du monde), ça va être très difficile. Ils ne nous mettent pas spécialement de pression, il faudra les jouer… comme des matchs de basket, jouer notre jeu. À nous de bien mener notre préparation, on n’aura pas le temps de monter en puissance. »
– Sur les 17, vous êtes cinq joueurs NBA (Diaw, Parker, M. Pietrus, Petro, Turiaf ; Gelabale les rejoindra à Seattle à la reprise), comment s’opère la transition entre les baskets américain et européen, aux règles différentes ?
« Il y a quelques différences, des choses qu’on n’est pas habitués à faire, sur des détails. Par exemple, en défense, la règle des trois secondes. J’ai toujours l’impression d’y être alors qu’il n’y a pas de trois secondes défensives en FIBA ! Ce sont des réglages à faire, ça ne se fait pas le premier jour mais petit à petit. Après, on est habitué à faire ce que le coach nous demande. »
– Vous revenez avec plaisir en équipe de France…
« J’y ai toujours accordé beaucoup d’importance. Il y a eu Zadar en 2000. On a été champions d’Europe juniors, ça crée des liens, des souvenirs. On était heureux après ce titre, ce sont des choses que j’ai envie de revivre avec les “A”, avec mes amis. J’ai toujours été habitué à faire deux saisons chaque année, ma saison professionnelle, à Pau avant, à Atlanta ou Phoenix ensuite, et en équipe de France l’été. Jouer en NBA ne change rien à ça. »
– Vous êtes d’une polyvalence rare. Claude Bergeaud compte vous utiliser un tiers du temps au poste d’ailier, le reste à l’intérieur, comment digérez-vous ces changements ?
« Être répertorié parmi les intérieurs, c’est juste une question de classification. Mais pour moi, c’est un tout, j’ai l’impression d’être toujours au même poste, j’aime tout faire. L’adaptation se fait naturellement. Si je joue meneur, je ne vais pas m'empêcher de prendre des rebonds et si je joue en "4" (ailier fort), je ne vais pas me priver de faire des passes décisives. »
– Strasbourg est le seul tournoi organisé en France, sentez-vous un engouement autour des Bleus ?
« Jouer sur le sol français, ce n'est pas plus motivant - on l'est toujours -, mais ça a un goût particulier. C'est un peu la même ambiance que quand on était venu à ce tournoi il y a trois ans. Il n'y a pas davantage d'engouement, enfin, c'est comme ça que je le ressens. En revanche, depuis le début de la préparation, on a fait davantage de photos pour les sponsors. La campagne De Fursac (ndlr : des costumes pour lesquels Parker, Schmitt et Diaw ont participé à une vaste campagne d'affichage dans le métro parisien) joue pour beaucoup. Ça nous sort un peu du domaine sportif pour toucher le grand public. »

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