Mathias Malzieu, c’est le bondissant leader du groupe Dionysos, devenu au fil des ans l’un des plus réputés sur scène. Dionysos a fait son apparition à la fin des années 90 et a connu le succès avec des titres aussi singuliers que « Coccinelle », «Song for Jedi » ou encore « Coiffeur d’oiseaux ». L’univers à part de ce groupe doit beaucoup à son chanteur, Mathias. Un univers qu’il explore par la musique, mais aussi par l’image et l’écrit, avec un recueil de nouvelles (38 mini westerns avec des fantômes) et un roman (Maintenant qu’il fait tout le temps nuit sur toi). Créateur acharné, il écrit aussi des textes pour d’autres, comme Olivia Ruiz.
Mais ce passionné aurait pu s’exprimer dans un autre domaine et suivre les traces de son idole de jeunesse, John McEnroe, auquel il a même consacré plusieurs titres. C’est ce Mathias qui se confie à nous…
- Quels sont vos sports préférés?
Le surf avant tout. Je ne suis ni un expert, ni un local, vu que j’ai grandi à Valence et que je vis à Paris. Mais dès que j’en ai l’occasion, je me rends au bord de l’océan. Pour moi, c’est le sport total, qui fait tout travailler, tant les muscles que l’esprit. Il rend humble, contrairement à l’image du surfeur parfois véhiculée. Je vous assure que surfer remet à sa place par rapport à l’immensité du monde. On se sent tout petit dans l’océan. Ça fait tellement de bien, on y vit des sensations fortes et on apprend le dépassement de soi. Le grand pied, c’est d’en baver pendant des heures et puis, ne serait-ce que cinq minutes, trouver la bonne ligne dans la vague, pour un court mais intense moment de félicité. A part ça, j’adore le ski, que je rapproche du surf, vu que je surfe sur la neige. En fait, j’aime la glisse. Mais je n’ai jamais eu un grand intérêt pour la compétition, en tant que pratiquant.
- Avez-vous pratiqué d’autres sports ?
J’ai pratiqué le foot pendant dix ans à Montéléger, et treize ans de tennis, où j’étais classé (pas bien haut), mais je n’avais pas le mental pour la compétition. Je ne supportais pas de ne pas réussir le geste que j’imaginais. En plus, j’étais trop petit physiquement, j’en ai vite souffert, même si je courais vite. Mika, le guitariste de Dionysos, est un très bon tennisman, lui !
Plus tard, j’ai donné des cours de tennis pour les petits. Je voulais transmettre aux gamins ma passion pour ce jeu.
- Avez-vous rêvé d'être un sportif pro quand vous étiez petit?
J’ai sans doute rêvé de devenir footballeur pro, gamin.
Après, c’est devenu prof de tennis.
- Qu’est-ce qui vous plait dans le spectacle sportif ?
Au tennis comme au foot, j’aime l’adrénaline que ça provoque, vibrer pour une équipe ou un joueur.
Je ne suis pas un lecteur de l’Équipe, par exemple. Les résultats, les transferts, tout ça, je m’en moque. Mais un France-Allemagne 82, c’est du théâtre, de l’émotion sans borne, des gens qui se transcendent.
Les sportifs à panache m’ont toujours plu. Même si je ne suis pas fan de vélo, j’ai de grands souvenirs du Tour de France. La passe d’armes entre Hinault et Lemond en 1986. L’année où Hinault est le plus fort, il fait gagner Lemond, à l’inverse de l’année précédente. Il y avait un côté western dans ce duel, même si tout n’était pas que spontané.
Le top, ce fut en 1989 avec le final sur les Champs, quand Lemond l’emporte pour une poignée de secondes après une lutte incroyable durant tout le Tour. La dramaturgie de ce Tour n’a pas eu d’égal.
En fait, j’aime le sport quand il peut intéresser au-delà du cercle des spécialistes.
J’aimais voir jouer Noah. Noah, qui n’avait pas de revers, qui mettait trois plombes pour battre un illustre inconnu au premier tour à Roland Garros, m’intéressait plus qu’une finale avec Bruguera ou Moya.
- Et ce qui vous déplait ?
Au tennis, j’aime moins l’esprit, même si j’adore le jeu. Quand j’avais 11-12 ans, ce sport n’était pas encore très démocratisé. Alors qu’au foot, tout le monde avait le même maillot. Le football, c’est les copains, se dépenser, courir et marquer. Marquer un but, c’est beau.
Ce qui me déplaît dans le sport, c’est le fanatisme, la prétention, la frime. Et ce côté beauf que ça peut engendrer par moment. Parfois, je peux avoir honte d’aimer le foot.
En musique, c’est pareil. Nirvana attirait énormément de beaufs. J’ai beau être réticent à l’élitisme, j’aime les choses « populaires », mais pas « populeuses ». C’est la même grosse nuance qu’entre passion et fanatisme.
J’aime la passion, mais pas quand ça manque d’humour. Les insultes, les crachats, les saluts fascistes, ça me navre. Mais la passion, oui. En juillet, je suis allé devant l’Hôtel Crillon après la finale de la Coupe du monde, pour voir les Bleus. J’ai aimé cet hommage, et le respect qui se dégageait.
- Quelles sont vos idoles dans le monde du sport ?
Mon joueur préféré, ça reste Eric Cantona. D’ailleurs, je vais lui proposer de faire la voix off pour la BO de mon prochain livre. J’espère qu’il acceptera…
Ce que j’aime chez lui, comme chez McEnroe ou Zidane, c’est le côté humain, avec énormément de talents et plein de défauts. Le coup de boule de Zidane, je ne le défends pas, mais je trouve que sa réaction l’a rendu humain. J’aime qu’on considère ces gens dans leur globalité. Je ne comprenais pas qu’on casse autant Noah et surtout Leconte quand ils étaient au top. Je ne dis pas qu’il faut seulement glorifier ces sportifs, mais quand on a la chance d’avoir des mecs de caractère dans le Top 5 mondial, on leur doit un peu plus de respect à mon sens. Aujourd’hui, on est loin du Top 5, dans le tennis français masculin.
- En foot, quel est votre club favori ?
C’est toujours l’OM. Quand on vient de Valence, c’est le club qui attire. Je suis allé quelques fois au Vélodrome. Mon équipe préférée, c’était celle du trio « Canto », Waddle, Papin. Elle n’a pas duré longtemps puisque « Canto » s’est blessé assez vite, et Pelé, arrivé entre-temps, a pris sa place. Mais c’était la fête, cette équipe, les Harlem Globe Trotters du foot !
Aujourd’hui, je dois admettre que Lyon a la grande classe. J’irai les voir après la tournée, à Gerland, stade que je ne connais pas encore. De toute façon, je ne suis pas un supporteur.
- Quel club aimez-vous le moins en Championnat de France ?
(après réflexion…) J’aime moins Monaco et ses joueurs qui sont là pour la « caillasse ». En plus, c’est un club sans supporteurs. Il embauche parfois de bons joueurs, mais franchement, quel intérêt ?
- On connaît vos exploits scéniques et toutes les cascades devant lesquelles vous ne reculez jamais. Ça représente beaucoup de préparation physique ?
Je ne me suis jamais vraiment préparé, mais c’est clair qu’il y a une dimension physique. Récemment, mon genou a doublé de volume et je traîne un arrachement osseux à quelques dates de la fin de tournée. C’est dur ! Mais je ne donne pas que des chansons. Pour moi, il est impossible que le corps ne participe pas.
En concert, si je pouvais voler, je le ferais ! J’aimerais secouer la salle, la retourner dans tous les sens !
- Avez-vous encore le temps de faire du sport ?
De moins en moins. Un peu de ski et de surf dès que je peux, mais les occasions sont rares. Si, j’adore faire du vélo, je me suis offert un Cruiser, et je me promène à Paris. Ou parfois, je sors en skate, dans le même esprit « old school ».
Ah si, j’oubliais ! Récemment, je suis aussi allé faire du cerf-volant en Amérique du Sud.
- Résultat : vous ne savez toujours pas conduire un cerf-volant ?
Non, toujours pas !
- A quoi vous dopez-vous ?
Je me dope aux chansons, aux gens, aux rencontres, aux disques, aux films… Ce qui m’ennuie, c’est quand je n’arrive pas à me transcender. Je peux sortir frustré d’un concert pourtant techniquement très au point. On ne cherche pas toujours cette forme de perfection. En fait, j’aime quand il se passe quelque chose d’unique, ou d’imprévu, l’incident, l’instrument qui couine. J’aime le malaise.
- Vous appartenez à un groupe depuis toujours ou presque. Est-ce que vous réussissez mieux dans les sports collectifs que dans les sports individuels ?
Il n’y a pas forcément de rapport. Mais c’est une bonne école de vie. Ça m’a sûrement servi dans la manière de me comporter en équipe. On y apprend à se transcender, à se galvaniser.
- Est-ce que le Nord évoque quelque chose pour vous, sportivement parlant ?
J’ai de la tendresse pour le RC Lens et son public. Et Lille est devenue une belle équipe depuis quelques années, avec de bons résultats. Mais ce que je connais du Nord, c’est surtout ses salles de concert ! Elles nous ont toujours réservé un bel accueil. Du Grand Mix à la Cave aux Poètes en passant par la scène de la Braderie, le public a toujours répondu présent.
Recueilli par Bruno MASSEBOEUF






