
Faute de pouvoir remplir les patinoires de NHL (la Ligue nationale de hockey),
Roch Voisine fait salles combles depuis des années un peu partout où il passe. De passage dans la région (il était mardi soir au théâtre Sébastopol de Lille), le Canadien s’est confié avec passion à lavoixdessports.com. Retour sur une vie de sportif confirmé.
On connaît votre passion pour le hockey sur glace. Pouvez-vous nous résumer votre carrière ?
« J’ai débuté le patin à 3 ans et demi, et le hockey vers l’âge de 6 ans. J’ai participé aux championnats jeunes avec Saint-Basile (nouveau Brunswick) puis avec Notre-Dame du Lac (Québec). A 17 ans, j’ai joué pour les Midget AA de Levis. Puis pour les Remparts et les Collegial AAA de Québec en junior. Je me suis arrêté au niveau universitaire, avec Ottawa. »
Pour quelle raison ?
« J’avais déjà 23 ans. Au Canada, si tu n’es pas repêché à vingt ans par des clubs professionnels, c’est que tu ne feras jamais du hockey ton métier ! Je me suis rendu à l’évidence et j’ai continué mes études… et la musique que je pratiquais depuis l’âge de 14 ans. »
A quel poste jouiez-vous ?
« J’ai débuté en tant que défenseur chez les jeunes. Un peu plus tard, on m’a déplacé pour me positionner sur l’aile gauche. Si bien que je suis devenu un joueur complet, préposé aux "unités spéciales". Je faisais partie de ces joueurs qui entrent en jeu quand l’un des leurs prend deux minutes de prison et que leur équipe se retrouve en infériorité numérique. Un gros défenseur capable de subir le jeu et de contre-attaquer. »
Eprouvez-vous des regrets de ne pas être allé plus loin dans le hockey de haut niveau ?
« J’ai joué au plus haut niveau junior, juste en dessous du niveau professionnel. J’ai évolué dans les meilleurs clubs universitaires. C’est déjà pas si mal. Et puis, c’est grâce au hockey que j’ai découvert la France. Avec Ottawa, j’ai gagné le tournoi de Megève en battant notamment les sélections nationales seniors des Pays-Bas, de Suisse et de France. Cette équipe universitaire avait un sacré potentiel.
Ah si, j’ai un petit regret : celui d’avoir fait un break de 1987 à 1997, dix ans durant lesquels mon métier m’a interdit de pratiquer le hockey, même à un tout petit niveau. La musique prenait tout mon temps, j’étais au sommet de ma carrière et ne pouvais pas prendre le moindre risque. Une blessure… et cela aurait été une catastrophe ! »
Et aujourd’hui ?
« J’ai repris le chemin des patinoires. Parce que je ne peux pas m’en passer. Je joue dans une ligue d’été, à Montréal, depuis quatre-cinq ans, avec des amis qui évoluent l’hiver dans les championnats suisse et français. Certains d’entre eux ont été champions avec Rouen l’an dernier et avec Amiens il y a quelques jours. Avant Noël, je me suis entraîné un bon mois avec Courbevoie. Je me suis même offert une petite folie : une journée d’entraînement avec le LHC (Lausanne hockey club). Malgré mon âge (41 ans), j’ai encore de beaux restes. Je me rends compte qu’avec quelques kilos en moins et des entraînements réguliers, j’aurais pu espérer faire carrière en Europe. Seulement, je n’ai jamais souhaité franchir le pas et traverser l’océan. A l’époque, il était administrativement difficile de préparer un transfert. Et puis la cote des Canadiens est montée en flèche, les joueurs des pays de l’Est, bien moins chers, sont arrivés…»
Y a-t-il une vie sportive après le hockey ?
« Bien évidemment. Le sport fait partie de moi, je ne peux pas faire sans ! J’ai quasiment touché à tout, et souvent avec réussite. J’ai fait de la natation en compétition. Le problème, c’est que je n’avais pas un corps de nageur. Et plus j’avançais dans le temps, plus je stagnais. Je ne glissais plus sur l’eau. Voilà sans doute pourquoi je me suis mis à la plongée sous-marine. Et puis j’ai tenté le golf, le tennis, le football, le ski nautique. Je me suis également éclaté au base-ball et même en athlétisme. Je suis d’ailleurs assez fier d’avoir été champion régional junior du lancer de javelot. »
Le ski semble cependant avoir emporté la mise...
« C’est un sport merveilleux. Il me procure d’énormes sensations et je ne peux plus m’en passer désormais. Quand on affronte un public, c’est un peu comme quand on s’engage dans un couloir vertigineux. La différence, c’est que j’ai quinze ans de scène derrière moi... mais à peine quatre ans de ski. En fait, j’ai appris à skier très tard : avec des amis, en Suisse. Au bout d’un an, j’étais devenu un free rider. Le ski-balade en famille ne m’intéresse pas : j’ai besoin de prendre des risques. J’aime le côté extrême de ce sport, être déposé en hélicoptère tout en haut d’une paroi et ne pas avoir d’autre alternative que de devoir la descendre. Avec une équipe technique, j’ai même tourné un court métrage de 13 minutes dans le couloir de la Dent jaune, en Suisse. Ce couloir, il faut vraiment être fou pour le dévaler. J’ai cette folie en moi ! »
Vous servez-vous de votre expérience sportive pour votre activité actuelle, le chant ? Je pense à des méthodes de respiration particulières par exemple...
« Pas vraiment. En revanche, le sport me permet simplement de garder la forme physique. Faire une tournée, être sans cesse en voyage, c’est aussi fatigant. Cela m’aide beaucoup. Et puis, la pratique d’un sport me permet de me changer les idées, de gérer au mieux le stress inhérent à ce métier. »
A l’image de Pascal Obispo (Zidane) ou encore de Mickey 3D (Johnny Rep), avez-vous imaginé chanter le sport ?
« Mais je l’ai déjà fait ! A mes débuts. La chanson s’appelait "Pour une victoire". Le sujet ? Le hockey, bien entendu. Je l’ai même chantée en concert. A l’époque, je débarquais sur scène en tenue, avec un casque. C’était plutôt sympa d'ailleurs... »
Propos recueillis par Sébastien DARNAUX






