Au moment où son club revient en pleine lumière dans sa compétition fêtiche, la Coupe de France, le milieu latéral droit du CRUFC, Mathieu Millien, a très volontiers accepté de répondre à vos questions.
A quelques jours du quart de finale contre Nantes, revanche - pour beaucoup - de la finale 2000 perdue par les Calaisiens, un des « héros » de cette épopée, resté fidèle aux couleurs du CRUFC, s'est livré sans compter. Voici toutes ses réponses...
(Photos : Jean-Pierre BRUNET)
Calais-Nantes, acte 2 // Atouts de Calais 2006
Mathieu et le CRUFC // l'avenir du CRUFC // A part ça... |
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Calais-Nantes, acte 2
Stéphane (Solesmes) et Christophe (Audruicq) : Prends-tu le match contre Nantes comme une revanche ?
« Il ne faut pas parler de revanche ! Ce sera avant tout une belle fête à Bollaert. Les deux groupes sont très différents, même si quelques joueurs étaient là en 2000. Chez nous, la structure de l’équipe a changé. A Nantes, deux seulement ont disputé la finale il y a six ans. Mais on ne peut pas empêcher les supporteurs de le voir ainsi. C’est resté en travers de la gorge de certains. En tout cas, nous ne serons pas dans cet état d’esprit. Quand le tirage nous a réservé Nantes, les premiers mots qu’on a eu, ça a été : la fête à Bollaert. Nous nous efforcerons avant tout de produire du beau jeu et de faire plaisir aux supporters. Après le résultat, c’est le foot, on ne peut pas prévoir ! »
Jacques (Coulogne) : Votre réputation n'est plus à faire, Nantes vous connaît. Que craignez-vous le plus de cette équipe nantaise qui a quand même perdu de son beau jeu collectif ?
« Ils ont de bonnes individualités, notamment le gardien, Michael Landreau, qui fait partie de l’équipe de France. Et leur nouvel attaquant malien, Mamadou Diallo, qui a beaucoup marqué depuis le début de l’année. Mais ça reste surtout un bloc équipe bien organisé. Le jeu à la Nantaise, que tout le monde connaît, va nous poser problème, c’est sûr. Mais si on reste bien organisé, il n’y aura pas de souci, je pense. A nous de jouer le jeu, dans le dispositif qu’on avait à Ste Geneviève ou contre Troyes et Brest. Il nous convient bien et je pense que le coach (Sylvain Jore) va le maintenir. »
- Quel joueur nantais appréciez-vous le plus ?
« Landreau. Ça a l’air d’être un super mec. Je ne le connais pas personnellement. Mais la façon dont il s’est comporté en 2000, avec cette image de "Rég" (Réginald Becque) qui porte la coupe avec lui, à son initiative, en plus, ça veut dire beaucoup. Et ça a fait du bien pour l’image du foot. Des mecs comme ça dans le foot, il devrait y en avoir un peu plus. »
Michel (Calais) : Pensez-vous que votre équipe est plus forte qu'en 2000 ?
« Plus forte, je ne sais pas. On n’a pas les mêmes caractéristiques qu’à l’époque. Cette année, il y a du caractère, avec des joueurs d’expérience, des petits jeunes du centre de formation, qui ont énormément de talent. L’ensemble fait qu’on a aussi un très bon groupe cette année, plus jeune. Mais c’est difficile de comparer. Ce sont deux très bons groupes de CFA. De toute façon, pour arriver en quart de finale, on est obligé d’avoir un très bon groupe. »
Etienne (Savigny-le-Temple) : D'après toi lors de la finale de 2000 , penses-tu que l'arbitre aurait sifflé le pénalty s'il y avait eu une confrontation entre équipes de L1 ?
« Je ne peux pas répondre à ça ! Ce sont des situations qu’on rencontre en championnat toutes les semaines, où l’arbitre siffle penalty, alors qu’il n’y a rien et inversement. On n’a pas eu de réussite ce jour là, c’est tout. En tout cas, sur les matchs qu’on a joué dernièrement en coupe, au niveau de l’arbitrage, ça a été très correct. »
Les atouts de Calais 2006
Cédric (Lille) : Comparé a votre campagne 2000, la présence d'anciens pensionnaires de L2 (Boutoille,Bouzin) peut-elle cette fois-ci vous permettre d'aller au bout? Leur expérience est-elle bénéfique?
« Yohan (Bouzin) a déjà gagné la coupe de la Ligue et la coupe de France, donc forcément, un mec comme ça, on l’écoute dans les vestiaires. Djezon (Boutoille), avec le passé qu’il a, c’est pareil. Quand on est capitaine du LOSC, qu’on joue la Ligue des champions, on a forcément une expérience à transmettre aux autres. On les écoute, et pour eux, c’est que du plaisir. Les paroles de Djezon avant un match, c’est simple : " ça reste un match de foot, c’est notre passion et il faut la vivre jusqu’au bout, ne pas avoir de regrets". Il a tout compris quand il nous dit ça avant le match. Ce sont deux super mecs qui sont venus au club avec un état d’esprit digne de professionnels. Ils ajoutent quelque chose et nous apportent leur expérience, en plus du capitaine et du coach. Et ils nous permettent de relativiser tout ce qu’on vit en ce moment. Et puis avec Yohan, on se dit que jamais deux sans trois. S’il peut nous emmener là-haut, au Stade, on est preneurs ! Ces joueurs sont super importants, mais il ne faut pas oublier tout le bloc, le staff technique, les dirigeants, les supporteurs. Il y a un vrai équilibre.
Et toi, quel est ton rôle ?
«Je suis plutôt réservé de nature. J’essaie de parler à droite à gauche avec les jeunes, de les encourager. Mais j’ai pas de conseils à donner à qui que ce soit. Je n'ai pas ce tempérament.»
Christophe (Lille) : Je voudrais savoir ce que Djezon Boutoille apporte a un groupe comme le vôtre ?
« Outre l’apport du vestiaire, sur le terrain, techniquement, il est au-dessus du lot. C’est un plaisir de jouer avec lui, tous les jours à l’entraînement, de faire avec lui des actions qu’on ne faisait peut-être pas avant, parce qu’on n’était pas capable de le faire, techniquement. Tactiquement aussi, parce qu’il a une bonne culture du foot. Il apporte énormément. »
- Ne crois-tu pas qu'il mérite encore de jouer au plus haut niveau?
« Bien sûr que si. Que ce soit contre Troyes ou contre Brest, il a surclassé les autres joueurs de ces matchs. Mais il n’éprouve pas de frustration. Il prend beaucoup de plaisir, il est venu à Calais pour ça. C’est en tout cas ce que je ressens. Il va disputer là son premier quart de finale de Coupe de France ! Il a fallu qu’il vienne à Calais pour pouvoir le faire. Après les matchs, il fait la fête avec nous. Il n'y a aucun souci ! »
Alexandre (Villeneuve-d'Ascq) : Calais peut-il remporter la Coupe de France?
« Si on ne le pense pas, ça ne sert à rien de jouer ! On a envie d’aller le plus loin possible. Si on n’a pas ça en tête, à quoi bon jouer ce quart de finale ? Même si ça paraît prétentieux, on arrive à un stade où on peut rêver. Ça donne une motivation supplémentaire. »
-Ludovic (Audruicq) : Quel est, selon vous, le secret de Calais pour réussir de tels exploits, qui deviennent d'une franche régularité?
« On a un super public ! Notre club n’est pas favorisé par rapport à d’autres, l’environnement n’est pas propice au développement d’un gros club, mais il y a une grosse envie de la part de tous ceux qui s’investissent : les dirigeants, les présidents, les coachs, les joueurs et tous les supporteurs. Et puis, il y a l’état d’esprit du Pas-de-Calais. »
Ne gagnez-vous pas en professionnalisme?
« Inconsciemment, peut-être qu’on est plus prêts à vivre ces moments là qu’une autre équipe du même niveau, parce qu’on l’a déjà vécu ici. Mais ce n’est que mon deuxième quart de finale. Peut-on parler d’expérience ou d’habitude ? Je ne pense pas. En respectant les consignes du coach, ses schémas tactiques, on se dit qu’on a toujours un moyen de passer. On a envie de respecter les consignes et de produire du jeu. En face, ce sont des hommes, comme nous. Tout peut arriver. Après, peut-être qu’il se passe quelque chose dans la tête des pros qui jouent contre Calais. La pression est sur leurs épaules. Le fait de jouer Calais, comme l’a dit Landreau, aujourd’hui, ce n’est pas rien. Ça représente quelque chose. »
Mathieu et le CRUFC
Mélanie (62) : Que t’apporte le CRUFC dans ta vie ?
« Beaucoup de bonheur, de grosses joies. Outre ce qu’on a vécu en 2000 et ce qu’on vit maintenant, je parle de joies hebdomadaires de jouer devant 1500 à 2000 personnes à chaque fois, à Julien-Denis. C’est quelque chose que je souhaite à tout le monde. Le foot, c’est ma passion. Mais ça n’a pas changé ma vie. Je voulais être instituteur avant 2000, je le suis. J’avais rencontré ma compagne avant 2000, nous nous sommes mariés l’été dernier. Quand je croise un supporteur dans la rue, le fait d’être reconnu et d’être encouragé à longueur d’année, ça fait chaud au cœur et on a envie de tout donner pour eux. »
Paul (Brias) et Robert (Marck) : Pouvez-vous me dire s'il n'est pas difficile de "jongler" entre le rôle de joueur amateur avec les investissements que ça comprend (entraînements, déplacements, hygiène de vie...) et celui de professeur des écoles?
« C’est un rythme à prendre. Je ne suis pas le seul dans ce cas là. Dans l’équipe, il y a pas mal de mecs qui bossent à longueur de semaine. C’est une habitude à prendre. Tu sors du boulot, tu sais qu’il y a le CRUFC. L’inconvénient d’être prof, c’est que, quand tu rentres à la maison, tu as encore des préparations et des corrections à faire. Mais je m’y suis habitué. Quand j’ai repris le foot, je continuais mes études. J’avais déjà énormément de boulot en rentrant du foot. Je savais que ça allait être très dur de concilier les deux. Je me suis donné une saison pour voir si j’en étais capable. Passés les trois premiers mois, très difficiles, une fois que le rythme est pris, ça passe. J’ai la chance de ne pas travailler le mercredi, je le passe à préparer mes cours et à corriger. Et le dimanche, c’est pareil. Il faut aussi que ma femme accepte, et elle accepte. Je la remercie pour ça ! C’est vrai que sorti du foot et du boulot, on n'a vraiment pas beaucoup de moments à passer ensemble. C’est beaucoup de sacrifices et en échange, on a des satisfactions. Et puis ça ne durera plus très longtemps !»
Tu as d’autres passions, malgré le peu de temps qu’il te reste ?
« J’ai d’autres centres d’intérêt, mais je ne peux pas y consacrer le temps que je voudrais. Par exemple, j’ai la possibilité de pouvoir monter à cheval parce que ma femme en a un. C’est quelque chose que je ne fais jamais avec elle. J’adore le ski, je ne peux pas y aller. J’y ai goûté étant jeune et depuis que je joue au foot, je ne peux plus y aller. J’adore me balader dans le sud de la France, visiter les petits patelins du Massif Central et de la Dordogne, mais je ne peux plus le faire maintenant. Ça reviendra par la suite. Je ne veux pas arrêter trop vite parce que je risque de le regretter après. Tant que je peux donner au club, je donnerai. »
David (Lille) : depuis quand êtes-vous joueur de foot ?
« J’ai un parcours assez bizarre. J’ai commencé à sept ans à l’Amicale Balzac, à Calais. J’ai rejoint le CRUFC à 13 ans. J’ai joué jusqu’à 15 ans au niveau national. En milieu de saison, une fracture tibia-péroné m’a obligé à arrêter pendant deux ans, parce que j’avais une plaque dans la jambe et que la croissance a compliqué la guérison. Après deux ans, je n’avais plus la motivation pour reprendre le foot. Je me suis orienté vers le basket, qui était le sport de mes parents. J’ai toujours vécu dans les salles de basket. Je jouais à Marck, jusqu’à 19 ans. En STAPS, pour avoir une option forte en sports, j’ai repris le foot parce que j’étais trop petit pour intégrer l’équipe universitaire de basket. C’est Richard Elena (l’ancien adjoint de Lozano) qui coachait l’équipe universitaire. Au fur et à mesure, j’ai retrouvé la motivation et l’envie, en même temps que les copains. Je suis monté d’une équipe à l’autre. De remplaçant en C à titulaire en A en trois saisons, jusqu’à l’aventure en Coupe de France. Donc j’ai eu de la chance. »
Louis (Bray-Dunes) : Si Marseille te faisait une offre, tu l'accepterais ???
« ça reste un rêve de gamin.Ce n ’est pas parce qu’on vit une épopée en Coupe de France qu’il faut s’attendre derrière à avoir des propositions de gros clubs. La réalité est différente. Il faut garder les pieds sur terre et ne pas brûler les étapes. Il faut toujours confirmer ce qu’on a montré ponctuellement. Si on peut voir plus haut, ça ne dépendra pas que de l’aventure en coupe. D’ailleurs, aucun joueur n’a signé quoique ce soit après la Coupe en 2000. A l’époque, j’étais étudiant, j’aurais été prêt à tenter une aventure, mais pas n’importe quoi. J’aurais demandé beaucoup de conseils autour de moi. Aujourd’hui, j’ai ma vie ici, c’est différent. Il faudrait vraiment quelque chose de béton, aujourd’hui, mais ce ne sera pas le cas ! »
Jean-François (Boulogne/Mer) : Penses-tu avoir réussi la carrière que tu méritais, ou as-tu quelques regrets?
« Je n’ai aucun regret. Surtout vu mon parcours. Je n’ai pas fait de centre de formation, de sélections. Je me suis dit que si j’avais un jour la chance de jouer en CFA, ce serait extraordinaire pour moi. Aujourd’hui, j’y suis et je suis très content. Je ne me suis jamais mis en tête de jouer en D1 ou en D2. Je suis conscient de mes possibilités. Vu mon éducation, pour moi, c’était l’école avant tout. Même si on y pense, tout jeune, quand on commence à toucher au niveau national et qu’arrivent les premières sélections. Mais comme tout ça s’est brisé d’un coup avec ma jambe, j’ai vite songé à autre chose et je suis revenu au foot avec un état d’esprit différent, juste pour prendre du plaisir. »
L'avenir du CRUFC
Kevin (Nordausques) : Mathieu, que penses-tu des jeunes pensionnaires de CFA comme Killian Hurtrel ?
« Ce sont des jeunes qui ont énormément de potentiel. Killian Hurtrel par exemple, c’est un Calaisien pur jus. Le coach fait souvent appel à eux. Je leur conseille de rester patient, de ne pas brûler les étapes. Le banc, c’est un passage. Ce qui est sûr, c’est qu’il y a un bon groupe qui arrive. Et je souhaite plein de bonnes choses à tous ces jeunes. »
Dominique (Villeneuve-d’Ascq) : Calais peut-il jouer en L2 dans les 5 ans à venir ?
« Je le souhaite de tout cœur, mais…Là, ça commence à se structurer. On sent qu’autour du club, des gens ont envie de faire bouger les choses. De là à dire que le club est prêt pour aller jouer au-dessus… On le pensait après 2000, avec la montée en National, avec un apport financier lié à la coupe qui a permis de pouvoir renforcer l’équipe et d’évoluer mais ça n’a pas suivi au niveau de la région, avec un environnement qui n’était pas prêt à soutenir une grosse équipe. Là, ça commence à se mettre en place. Un stade va être construit, mais ça demande du temps, ça ne va pas se faire du jour au lendemain. Attention à ne pas griller les étapes comme on l’a fait à l’époque et de se retrouver dans le trou la saison d’après ! ça ne se fait pas du jour au lendemain. Il y a plein d’autres problèmes à Calais qui doivent se régler avant le foot. C’est ce que je pense en tout cas. S’attaquer au chomage, essayer de faire venir les entreprises dans le secteur, ça demande beaucoup d’investissements. Il y a d’autres priorités, c’est logique. Mais dans cinq ans, peut-être que ça le sera. Il y a quelques signes. Le stade en est un.
C’est sûr qu’on préférerait vivre toute l’aventure de la coupe à Calais. En plus, c’est beaucoup de dépenses pour les supporteurs, d’aller à Boulogne, puis à Lens. Pour l’organisation aussi. Et puis, on défend l’image de Calais, pas celle de Boulogne ou de Lens. C’est dommage, mais pour l’instant, on n’a pas le choix. »
A part ça...
Yves (Lomme) : Est-ce que Frédéric Millien est votre frère?
« Non ! Je ne sais pas qui c’est. J’ai juste une petite sœur. »
Xavier (Gravelines) : Que penses-tu de l’USLD ?
« S’ils sont premiers en ce moment, tant mieux pour eux. On ne joue pas dans le même registre. Ce sont tous des joueurs pratiquement pros. Les conditions d’entraînement, de vie ne sont pas les mêmes. Ils ont fait appel à pas mal de gros joueurs du CFA comme Laup, Dorizon. Ils ont des ambitions, et ont les moyens de leurs ambitions. Pour l’instant, ça ne leur réussit pas trop mal. Tant mieux ! Ce serait sympa de voir Boulogne en L2, Dunkerque en National et Calais en CFA. On n’est pas envieux. On leur souhaite bonne chance. »
Thomas (Calais) : Es-tu supporter d’une équipe en Ligue 1 ?
« Pas franchement. En ce moment, forcément, Lyon fait plutôt rêver, vu le jeu qu’ils produisent. Avant, j’avais tendance à être un petit peu parisien, en fait. J’aimais bien quand j’étais jeune, par rapport aux joueurs qui sont venus jouer au PSG : Ronaldinho, Raï, Valdo, Ginola… Niveau foot, c’était pas mal ! »
Noémie (Guemps) : je suis une supportrice du CRUFC. je voudrais connaître les jours d'entrainements pour aller chercher des autographes de l'équipe.
« Tu n’as qu’à venir au centre commercial Auchan, samedi midi, et après, aux Quatre Boulevards. Toute l’équipe sera là !
Sinon, à l’entraînement, c’est tous les soirs, en général, à partir de 18h. Sauf le jeudi. Mais en ce moment, c’est différent, parce qu’on joue souvent le mercredi… »
Propos recueillis par Bruno MASSEBOEUF