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La Voix des Sports - 26 janvier 2006
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Timotei Potisek: « L'enduro, c'est magique »
Le motard a répondu aux questions des internautes

Timotei Potisek n'a que 22 ans mais figure déjà parmi les meilleurs pilotes français dans les courses sur sable.Il n'a que 22 ans mais son palmarès brille déjà de mille feux. Deux fois deuxième de l'enduro du Touquet ces deux dernières années, Timotei Potisek vient de remporter l'enduro d'Hossegor et se présente comme l'un des principaux favoris de l'enduropale 2006. Avec simplicité et franchise, il a répondu aux questions des internautes.

Photos : Jean-Pierre Brunet et Patrick Delecroix

Parcours et famille

 Pourquoi et comment as-tu choisi d’être motard de haut niveau (Gwendoline de Dunkerque)
Même si je suis issu d’une famille de motard, ça n’est pas venu naturellement. Lorsqu’il courait, mon père a eu plusieurs accidents et ma mère avait été un peu refroidie, elle n’avait vraiment envie qu’on pratique ce sport. Très jeune, j’ai donc pratiqué d’autres disciplines comme l’équitation ou le tennis. J’étais déjà monté sur des motos et j’aimais bien ça aussi. Et puis vers l’âge de 12-13 ans, j’ai commencé à participer à des courses pour le plaisir. Ma mère n’était pas contre mais elle a dit, comme à mes deux frères : « fais ce que tu veux à condition que tes études suivent ». J’ai donc passé un Bac S et à 18 ans, quand je me suis demandé ce que je voulais faire, je me suis rendu compte que seul la moto m’attirait. J’ai donc commencé à faire des courses plus sérieusement, à en faire mon métier.

 Aurais-tu pu faire autre chose ? (Jacques de St Pol sur Mer)
Moi j’aimais bien les études, il y avait plein de choses qui auraient pu m’attirer comme devenir Kinésithérapeute comme par exemple mais je me suis rendu compte que ce que je voulais le plus c’était faire de la moto et comme en plus les résultats ont vite suivi, ça m’a rassurer et j’ai décidé de continuer.

 Tu cours la plupart des courses en compagnie de tes deux frères, qu’en pensent les autres concurrents ? (Stéphane de Leffrinkourcke)
On n’a jamais eu de problèmes avec les autres concurrents à ce sujet. La plupart du temps, ils trouvent ça sympa. Nous, même si on est évidemment souvent ensemble, on est pas renfermés sur nous même, on fait pas non plus un clan. On vit ça très simplement…

 Y-a-t-il parfois des tentations de faire des courses d’équipes
Non franchement, on ne l’a jamais imaginé. D’abord parce qu’on n’a pas le même niveau. Je suis plus souvent devant et eux, en plus, ont toujours une petite concurrence entre eux. Et donc, ils ne se font pas de cadeaux tout en restant réglo évidemment. Par contre, c’est évident que quand on se retrouve ensemble à un moment de la course, on s’encourage. C’est ce qui est arrivé l’année dernière au Touquet par exemple. Je suis tombé et on s’est retrouvé tous les trois pendant quelques minutes…

 

L'an dernier à l'enduro.L'Enduropale

 Penses-tu être capable de gagner l’enduro cette année après avoir fait deux fois deuxièmes ? (Julien de Saint Martin Choquel)
Bien sur, c’est mon plus gros objectif de la saison comme pour les autres motards d’ailleurs. Là je viens de gagner l’enduro d’Hossegor et je suis en pleine confiance. Et puis deux fois deuxièmes, c’est bien mais, à force, ça lasse. Cette année, je veux évidemment la victoire. Après il faudra que j’ai la chance du vainqueur car sans elle, c’est impossible de gagner.

 

L’enduro, c’est la course la plus importante de l’année pour un motard sur sable, peu- tu nous dire ce qu’elle a de plus que les autres pour toi ? (Vincent de Lille)
C’est difficile à expliquer. Cette course est tout simplement magique. Quand on imagine que pour une finale de Coupe du Monde en France, on regroupe 80000 personnes dans un stade, là c’est 300 000 et ça arrive tous les ans. Les gens qui viennent sont des passionnés, ils t’encouragent comme nulle part ailleurs. C’est de l’adrénaline pure, ça donne envie de se transcender.

 A quoi ressemble la préparation type d’un motard avant l’enduro ? (Clément, Marquette en Ostrevent ?)
On participe à plusieurs courses mais c’est surtout au niveau physique qu’il faut se préparer. A ce niveau, j’avais ces dernières années un préparateur physique spécialisé mais j’ai changé depuis le mois d’août dernier. Aujourd'hui’hui, je m’entraîne avec un ami Vincent Vilnet. C’est un passionné de vélo qui pratique le sport avec le plus grand sérieux. Avec lui, avant les courses sur sable, je travaille notamment beaucoup la résistance des bras et surtout des jambes. C’est important, avant une course comme l’enduro, de ne pas avoir ce que les motards appellent « les bras bétons ». Il faut le bon équilibre entre bras et jambes pour pouvoir résister dans une course aussi éprouvante que l’enduro.

 Ne trouves-tu pas qu’il n’y a pas assez de concurrence sur l’enduro, on a l’impression que seul une poignée de pilote peut gagner chaque année ? (Nicole de Monchy-le-Preux)
C’est vrai qu’on est en gros trois à pouvoir gagner. Arnaud bien sur, Jean-Claude Moussé et moi. Je pense que Thierry (Bethys) aura du mal cette année après avoir participé au Dakar. Après, c’est normal, nous sommes les seuls quasimentà se préparer spécifiquement pour ces courses sur sables. Il n’y a pas de secrets, ce n’est pas seulement une question de valeur pure même si, à l’arrivée, ce sont toujours les meilleurs qui gagnent. Sans préparation, l’enduro, c’est impossible à gagner.

 Que penses-tu de la disparition des dunes du parcours cette année et quel impact cela peut avoir sur la course ? (Jean-François de Pérenchies)
D’abord, c’était nécessaire pour que la course continue et c’était franchement le plus important. Maintenant, c’est sur que la disparition du goulet notamment, c’est dommage pour le spectacle et pour nous car c’était vraiment un passage du parcours qui était super excitant. Après, je tiens sincèrement à saluer les organisateurs de la course qui ont appelé tous les participants principaux de l’Enduro pour prendre leur avis sur le nouveau parcours. Ça fait vraiment plaisir d’être impliqué comme ça dans l’histoire. Je pense d’ailleurs que le parcours, avec notamment les nouvelles chicanes devraient proposer des moments intéressants qui demanderont une technique de haut niveau de la part des motards. Et puis même si la course ressemblera davantage à un sprint, elle ne perdra pas de son intérêt…

 Sur le podium de l'enduro 2005 avec le vainqueur Arnaud DemeesterArnaud Demeester

Arnaud Demeester pourrait rentrer dans l’histoire s’il remporte l’enduro cette année. Quels sont tes rapports avec lui ? (Claude de Dunkerque)
Arnaud, je le connais presque depuis toujours, il courait avec mon père. On s’entend bien mais bien sur, quand l’enduro arrive, la pression monte et la concurrence provoque parfois certaines tensions. C’est normal, le principal étant que tout cela reste sain. On peut se tirer la bourre pendant l’épreuve mais une fois sur le podium, tout redevient normal.

 Est-il une idole ou un modèle pour toi ? (Claude de Dunkerque)
Non pas vraiment… Quand j’étais plus jeune, mon idole, c’était Jérémy McGrath (multiple champion du monde de Moto-Cross).

 

Potisek fait partie des grands favoris de l'Enduropale.L'avenir

 Après une victoire importante, comme Le Touquet par exemple, il te parvient une belle offre de contrat d’une autre usine, quelle est ta réaction ? (Nicole de Monchy-le-Preux)
Depuis mes débuts, je cours avec Honda et j’en suis très content. Maintenant, si des offres me parviennent dans l’avenir, je les étudierais car je dois penser à gagner ma vie. C’est un métier qui ne rapporte pas énormément donc il faut savoir profiter des bonnes occasions…

 Penses-tu dans l’avenir participer à une course comme le Dakar ? (Pascal de Coudekerque)
Bien sur, ça fait partie de mes objectifs. C’est une course qui fait rêver. J’ai d’ailleurs déjà pensé à y aller mais j’avoue que voir des pilotes comme Méoni ou Cadelcott cette année disparaître alors que ce sont des bons. C’est une course éprouvante qu’il faut préparer avec énormément de rigueur. Je n’ai pas arrêté de date mais j’irais quand je me sentirais vraiment prêt.

Que penses-tu faire une fois ta carrière de pilote terminée ? (Raphael du Touquet)
Je n’ai encore rien arrêté. Si tout va bien, on peut faire des courses de haut niveau jusqu’à 35-40 ans, j’ai encore le temps d’y penser. Maintenant, certaines parties de mon métier, notamment le démarchage de sponsor me permettent d’établir des relations qui pourront me servir. Évidemment, l’idéal pour moi serait de poursuivre dans le monde de la moto…

 La question qui fâche

 « Ne trouves-tu pas que les coureurs ne sont pas assez proches du public ? Est-ce que ça ne pourrait pas rendre votre sport plus populaire ? (Nicole de Monchy-le-Preux)
D’abord, je pense que ça dépend des pilotes. Moi, par exemple, j’estime être assez disponible avec les gens ; je ne vois aucun problème à m’arrêter dans la rue pour signer des autographes ou simplement discuter. Maintenant, c’est vrai que sur une course comme l’enduro, l’accès au podium par exemple est assez restreint et ce serait bien d’ouvrir à plus de gens. Mais bon, franchement, je ne pense que c’est la principale raison du manque de popularité de notre sport, les médias ne parlent pas non plus beaucoup de nous, à part lors de l’enduro…

 La question politique

« Toi qui a 22 ans et qui a reçu une éducation exemplaire, que penses-tu des problèmes rencontrés par les jeunes et auraient-tu des conseils à leur donner ? (Nicole)
Je pense qu’on vit à une époque un peu défaitiste, il y a quelques temps, on disait que le bac ne servait plus à rien et ce n’est donc pas étonnant que les jeunes n’aient plus envie de bosser à l’école. Maintenant, je pense que le principal problème, c’est quand même l’éducation. Quand un jeune déconne vraiment, c’est que les parents ont du louper un truc. Moi j’ai reçu des claques de mon père étant plus jeune et ça ne m’empêche pas de l’aimer, au contraire, je sais que c’était pour mon bien.

Propos recueillis par Sébastien Noé


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