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La Voix des Sports - 31/12/2007
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Matthieu Bataille s’est lancé un sacré défi pour réaliser son rêve olympique
Il est notre sportif régional de l’année
 Revenu passer les fêtes de fin d’année à Cucq, Matthieu Bataille a pris cette distinction avec fierté. Sacré champion de France en + 100 kg, en début d’année, en dominant en finale Teddy Riner, le futur champion d’Europe et du monde de la catégorie, Matthieu Bataille s’est également illustré sur la scène internationale en décrochant une médaille de bronze en toutes catégories aux championnats du monde de Rio (Brésil) en septembre.
Conscient qu’il lui serait difficile de se faire une place aux Jeux chez les lourds, le Cucquois s’est lancé un challenge : perdre suffisamment de poids pour descendre dans la catégorie inférieure (- 100 kg) et ainsi tenter de décrocher son sésame pour Pékin.


– Vous venez d’être élu sportif régional de l’année 2007 par La Voix des Sports. Qu’est-ce que ça représente à vos yeux ?
« C’est une immense fierté. Je suis très content car même si je vis désormais sur Paris, je n’oublie pas mes racines. Je suis de Cucq dans le Pas-de-Calais et je suis heureux de représenter ma région. »
– Justement, l’aventure a commencé dans le Pas-de-Calais. Racontez-nous vos premiers pas dans le judo ?
« C’était à l’âge de six ans dans le club d’Étaples. J’y suis allé parce que mon frère, qui est un peu plus âgé, en faisait déjà. J’étais aussi inscrit au football, mais j’ai toujours préféré le judo. Ça me faisait du bien car j’étais un enfant assez turbulent, qui remuait beaucoup. Et au judo, j’avais un professeur qui savait me maîtriser. Là-bas, je me tenais à carreau. »
– À quel moment avez-vous pris conscience qu’il était possible de faire du haut niveau ?
« Au début, j’avais un bon niveau mais sans plus. En minimes, j’ai été gêné par des problèmes de genou et en cadets, j’étais qualifié pour les championnats de France, mais je n’ai rien fait de spécial.
Ce n’est qu’en juniors que les résultats ont commencé à venir. J’avais augmenté mon rythme d’entraînement en faisant quatre séances par semaine à Étaples et deux autres à Boulogne-sur-Mer où il y avait plus de gars de mon poids et de ma génération. J’ai donc remporté les championnats de France juniors, à l’époque c’était en + 95 kg. Les dirigeants nationaux m’ont alors demandé de venir à l’INSEP. »
– Vous avez accepté sans hésiter ?
« Oui car je savais que pour réussir au plus haut niveau, il fallait en passer par là. Mais je n’y suis pas allé tout de suite car je voulais d’abord finir mon bac pro bureautique. Je suis donc resté une année supplémentaire à Étaples, tout en allant de temps en temps sur Paris pour des stages nationaux. »
– L’adaptation à l’INSEP s’est faite facilement ?
« Je suis rentré en septembre 1998 et je dois admettre que la première année a été assez difficile. Pas au niveau de la vie de tous les jours car l’INSEP, c’est vraiment bien. On a tout sur place : les cours, la restauration, les entraînements, les chambres ; ça permet de se consacrer vraiment au judo. Ce qui était difficile, c’était de se frotter aux meilleurs Français et à de sacrés gabarits, des gars de 130 à 140 kg. »
 Revenu passer les fêtes de fin d’année à Cucq, Matthieu Bataille a pris cette distinction avec fierté. – Les résultats ne sont d’ailleurs pas venus tout de suite ?
« J’ai galéré pendant deux saisons après avoir subi une opération des deux genoux en février 1999. Je suis revenu à un bon niveau lors des championnats de France 2001, où j’ai fini troisième. J’ai ensuite été champion du monde universitaire en 2002. En 2003, j’ai fait les Mondiaux au Japon, mais je n’ai pas su décrocher le quota pour les JO. Ça a été fait en début d’année 2004. Je suis devenu champion de France pour la première fois et j’ai gagné un tournoi international en Hongrie. »
– Aux Jeux, ça ne s’est, malheureusement, pas très bien passé. Avez-vous ressenti le poids de l’héritage de David Douillet ?
« C’est vrai que tout le monde en parlait. Depuis 2001, tout le monde se demandait qui allait être son successeur. Mais j’ai essayé de ne pas penser à ça. Ce qu’avait fait David Douillet, avec ses deux titres olympiques, c’était énorme. Il nous a d’ailleurs bien conseillés. Il venait nous faire quelques séances d’entraînements, notamment au niveau de la garde, qui était son poids fort, mais il fallait penser à soi. Je voulais une médaille aux Jeux, mais je suis tombé au deuxième tour sur l’Ouzbek Tangriev, qui est un peu ma bête noire. »
– Après les Jeux, il a aussi fallu penser à l’avenir…
« Oui, deux jours après mon retour de Grèce, je suis entré à l’école de police à Paris. Ça a été une année assez difficile car je me levais à 6  h 30 pour aller en cours, j’enchaînais avec les entraînements et je ne rentrais jamais chez moi avant 20 h 30. Cette année-là, je suis pourtant devenu, en décembre, champion d’Europe toutes catégories. C’était une surprise car je n’étais pas préparé, j’y étais allé sans me faire trop d’illusions.
L’année suivante, j’ai fait troisième dans la même épreuve et en 2006, nous sommes montés sur le podium des Mondiaux par équipe, après avoir notamment battu les Japonais. »
– Et nous voilà donc à cette fameuse année 2007 ?
« Oui, ça a bien commencé avec le titre de champion de France contre Teddy Riner. Malheureusement, j’ai ensuite perdu contre lui en finale des repêchages au tournoi de Paris et c’est lui qui est allé aux championnats d’Europe. Il a gagné, il a ensuite été champion du monde.
Heureusement, ça s’est bien passé aussi pour moi, puisqu’en dépit d’une blessure, trois semaines avant, j’ai ramené une médaille de bronze en toutes catégories, ma plus belle récompense depuis le début de ma carrière. »
– Vous avez donc décidé de changer de catégorie de poids. Comment voyez-vous l’année 2008 ?
« Je vais déjà disputer les championnats de France mi-janvier à Toulon dans cette nouvelle catégorie. Il faudra faire au moins un podium pour être au tournoi de Paris. Et c’est là-bas qu’il faudra être fort pour être aligné dans les tournois internationaux et aux championnats d’Europe. Il faudra marquer de gros points pour qualifier la catégorie aux JO et prouver que c’est moi qui mérite de représenter la France. C’est un beau pari. Je ne sais pas s’il va réussir, mais au moins je n’aurai pas le regret de ne pas avoir essayé. »
– Dernière chose, si vous aviez dû voter, qui auriez-vous choisi ?
« Au niveau régional pour Vanessa Boslak. Sur le plan national, ce que Teddy Riner a fait, c’est beau, c’est fort, mais je vais quand même dire Sébastien Loeb. Et en international, je vote pour Federer. »
Propos recueillis par David DELPORTE

Photos Guy DROLLET

Digest

Matthieu Bataille est né le 26 juillet 1978 à Cucq.
– 1,89 m ; 101 kg.
– Clubs : Étaples (1984-1998) puis Levallois (depuis 1998).
– Centre d’entraînement : INSEP (Paris).
– Catégorie : - 100 kg.
Palmarès
– Médaillé de bronze en toutes catégories aux championnats du monde en 2007.
– Champion d’Europe toutes catégories en 2004 ; médaillé de bronze aux championnats d’Europe toutes catégories en 2005.
– Médaillé de bronze aux championnats du monde par équipes en 2006.
– Champion du monde universitaire en 2002.
– Médaillé de bronze aux Jeux Méditerranéens.
– Champion de France chez les lourds (+ 100 kg) en 2004 et 2007.
– Qualifié pour les Jeux olympiques d’Athènes en 2004, où il fut battu dès le deuxième tour.



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