La Voix des Sports - 28/05/2007 |
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« Je ne vis jamais rien comme une revanche sur la vie »
Justine Henin
Paris. – Double tenante du titre, Justine Henin a entamé, hier, la défense de sa couronne face à la Russe Elena Vesnina. Un premier tour qui ne fut pas de tout repos, même si la Belge s’est finalement imposée en deux sets (6-4, 6-3).
L’Autrichienne Tamira Paszek constituera, mercredi, la deuxième étape du périple qui peut la mener à un troisième sacre consécutif, un exploit que seule Monica Seles a réalisé jusqu’à présent à Paris, entre 1990 et 1992. Après un début d’année difficile en raison notamment de sa séparation avec son mari, Pierre-Yves Hardenne, la jeune femme veut repartir de l’avant…
– Vous avez souvent répété que Roland-Garros était votre jardin. Pouvez-vous développer un peu ?
« Ce que je veux dire, c’est que lorsque j’étais petite fille, je rêvais de gagner ne serait-ce qu’une fois ici, alors vous devez vous douter que le faire trois fois, ça représente quelque chose d’extraordinaire pour moi. C’est un tournoi avec une haute charge en émotions et j’espère bien évidemment que ça va durer le plus longtemps possible.
Quand j’arrive ici, je reprends mes petites habitudes car nous sommes toutes un peu superstitieuses. Je reviens, par exemple, toujours dans le même hôtel.
Et je prends à chaque fois le temps de me poser quelques minutes pour savourer. Je reprends mes repères. »
– Vous avez joué peu de tournois cette année (6 exactement), vous n’avez donc pas trop de matchs dans les jambes. N’est-ce pas un handicap ?
« Non, car je sais désormais que je n’ai pas besoin de jouer beaucoup pour être à mon meilleur niveau. Je retrouve assez rapidement mes sensations. Je l’ai prouvé l’année dernière aux Masters où, à peine revenue, j’avais battu la plupart des toutes meilleures joueuses. »
– Vous êtes la grande favorite du tournoi. Tout le monde vous attend au tournant pour un troisième sacre consécutif, le quatrième de votre carrière ici. Ressentez-vous une pression supplémentaire sur vos épaules ?
« On part toujours dans un tournoi avec une certaine angoisse car on ne sait pas ce qui va se passer et l’inconnu fait toujours peur. Mais j’ai aussi un certain apaisement car j’aime par dessus tout être ici. Et je n’ai pas trop de pression, tout simplement parce que j’estime ne rien avoir à prouver à qui que ce soit.
Il y a une forte attente, je le sais, mais je passe outre car j’ai déjà suffisamment fait mes preuves par le passé. Je suis heureuse d’être ici et ma seule préoccupation est de prendre du plaisir en essayant, si possible, de jouer à mon meilleur niveau. Après, personne ne sait ce qu’il peut arriver, mais il est évident que j’ai envie de montrer que je suis toujours bien à ma place et que je peux encore gagner. »
– Vous estimez donc avoir pu gérer votre préparation comme il le fallait ?
« Je n’ai pas pu jouer en début d’année et notamment à l’Open d’Australie pour les raisons que tout le monde connaît (la séparation avec son mari). Mais ensuite, j’ai le sentiment d’avoir pu tenir le calendrier que j’avais fixé. Et puis, de toute façon, ce n’est pas un secret de dire que je ne jouerai jamais plus autant que j’ai pu le faire par le passé. Mon entraîneur, Carlos, et moi sommes sur la même longueur d’onde à ce niveau.
On a conscience qu’un programme avec des tournois bien étalés sur l’année est préférable. C’est la santé en priorité. » « J’ai peut-être un côté fragile, petite fille, mais ma sensibilité est aussi une force. »
– Quand on regarde le tableau, on a l’impression que le premier gros test pourrait avoir lieu en quarts de finale contre Serena Williams. Qu’en pensez-vous ?
« Tout le monde me parle de ce match, mais dans mon esprit c’est encore loin et franchement il sera largement temps d’en parler le moment venu.
Maintenant, si c’est le cas, j’en serai ravie, puisque ça voudra dire que je suis encore dans le tournoi. Mais c’est vrai que retrouver Serena à Roland-Garros ne pourra me rappeler que d’excellents souvenirs.
Ma victoire contre elle en demi-finale en 2003 reste l’un des plus grands moments de ma carrière. C’était vraiment du très haut niveau, sans doute l’un des meilleurs matchs féminins de ces dernières années. Je m’étais, en plus, qualifiée alors pour ma première finale à Roland-Garros. »
– Vous avez vécu une année particulièrement difficile sur le plan personnel. Ces problèmes sont-ils oubliés ?
« J’essaie d’oublier les événements extérieurs. Beaucoup de choses ont changé dans ma vie ces derniers temps, il faut faire avec. Les gens changent, ils évoluent, ils doivent faire face à un certain nombre de situations, ainsi va la vie. J’ai eu des moments difficiles, mais maintenant, je me sens bien. Ce qui est étonnant, c’est qu’en arrivant à Paris, je me suis rendue compte que les années passaient vraiment très vite. J’avais l’impression que ma victoire de l’année 2006 remontait à hier. »
– Vous n’avez pas été épargnée par le sort (décès de proche, maladie, séparation…) dans votre vie. Vous donnez l’impression d’être une petite guerrière. Est-ce que cette image vous convient ?
« C’est vrai que j’ai dû me battre contre beaucoup de choses. Ma vie a souvent été un combat. Mais franchement je ne garde aucune colère, ni aucune rancoeur par rapport à tout ce qui a pu m’arriver. Je ne vis jamais rien comme une revanche sur les événements de ma vie. J’estime même avoir quand même eu beaucoup de chance dans ma vie. Je suis aujourd’hui en bonne santé, j’ai des gens formidables autour de moi, c’est l’essentiel. Alors, oui, j’ai peut-être un côté fragile, petite fille, mais ma sensibilité est aussi une force. »
Propos recueillis par David DELPORTE
DIGEST
Justine Henin est née le 1er juin 1982 à Liège (Belgique). 1,67 m ; 57 kg.
Entraîneur : Carlos Rodriguez. Classement WTA : n°1.
Palmarès : vainqueur de l’Open d’Australie en 2004 ; de Roland-Garros en 2003, 2005 et 2006 et de l’US Open en 2003 ; finaliste de l’Open d’Australie en 2006 ; de Wimbledon en 2001 et 2006 et de l’US Open en 2006 ; vainqueur du Masters en 2006 ; vainqueur de 27 autres tournois WTA (1 er succès à Anvers en 1999) ; médaillée d’or aux Jeux olympiques d’Athènes en 2004.
Son année 2007 (6 tournois disputés) : vainqueur à Dubaï, Doha et Varsovie ; finaliste à Miami ; demi-finaliste à l’Open Gaz de France et à Berlin.
L’Autrichienne Tamira Paszek constituera, mercredi, la deuxième étape du périple qui peut la mener à un troisième sacre consécutif, un exploit que seule Monica Seles a réalisé jusqu’à présent à Paris, entre 1990 et 1992. Après un début d’année difficile en raison notamment de sa séparation avec son mari, Pierre-Yves Hardenne, la jeune femme veut repartir de l’avant…
– Vous avez souvent répété que Roland-Garros était votre jardin. Pouvez-vous développer un peu ?
« Ce que je veux dire, c’est que lorsque j’étais petite fille, je rêvais de gagner ne serait-ce qu’une fois ici, alors vous devez vous douter que le faire trois fois, ça représente quelque chose d’extraordinaire pour moi. C’est un tournoi avec une haute charge en émotions et j’espère bien évidemment que ça va durer le plus longtemps possible.
Quand j’arrive ici, je reprends mes petites habitudes car nous sommes toutes un peu superstitieuses. Je reviens, par exemple, toujours dans le même hôtel.
Et je prends à chaque fois le temps de me poser quelques minutes pour savourer. Je reprends mes repères. »
– Vous avez joué peu de tournois cette année (6 exactement), vous n’avez donc pas trop de matchs dans les jambes. N’est-ce pas un handicap ?
« Non, car je sais désormais que je n’ai pas besoin de jouer beaucoup pour être à mon meilleur niveau. Je retrouve assez rapidement mes sensations. Je l’ai prouvé l’année dernière aux Masters où, à peine revenue, j’avais battu la plupart des toutes meilleures joueuses. »
– Vous êtes la grande favorite du tournoi. Tout le monde vous attend au tournant pour un troisième sacre consécutif, le quatrième de votre carrière ici. Ressentez-vous une pression supplémentaire sur vos épaules ?
« On part toujours dans un tournoi avec une certaine angoisse car on ne sait pas ce qui va se passer et l’inconnu fait toujours peur. Mais j’ai aussi un certain apaisement car j’aime par dessus tout être ici. Et je n’ai pas trop de pression, tout simplement parce que j’estime ne rien avoir à prouver à qui que ce soit.
Il y a une forte attente, je le sais, mais je passe outre car j’ai déjà suffisamment fait mes preuves par le passé. Je suis heureuse d’être ici et ma seule préoccupation est de prendre du plaisir en essayant, si possible, de jouer à mon meilleur niveau. Après, personne ne sait ce qu’il peut arriver, mais il est évident que j’ai envie de montrer que je suis toujours bien à ma place et que je peux encore gagner. »
– Vous estimez donc avoir pu gérer votre préparation comme il le fallait ?
« Je n’ai pas pu jouer en début d’année et notamment à l’Open d’Australie pour les raisons que tout le monde connaît (la séparation avec son mari). Mais ensuite, j’ai le sentiment d’avoir pu tenir le calendrier que j’avais fixé. Et puis, de toute façon, ce n’est pas un secret de dire que je ne jouerai jamais plus autant que j’ai pu le faire par le passé. Mon entraîneur, Carlos, et moi sommes sur la même longueur d’onde à ce niveau.
On a conscience qu’un programme avec des tournois bien étalés sur l’année est préférable. C’est la santé en priorité. » « J’ai peut-être un côté fragile, petite fille, mais ma sensibilité est aussi une force. »
– Quand on regarde le tableau, on a l’impression que le premier gros test pourrait avoir lieu en quarts de finale contre Serena Williams. Qu’en pensez-vous ?
« Tout le monde me parle de ce match, mais dans mon esprit c’est encore loin et franchement il sera largement temps d’en parler le moment venu.
Maintenant, si c’est le cas, j’en serai ravie, puisque ça voudra dire que je suis encore dans le tournoi. Mais c’est vrai que retrouver Serena à Roland-Garros ne pourra me rappeler que d’excellents souvenirs.
Ma victoire contre elle en demi-finale en 2003 reste l’un des plus grands moments de ma carrière. C’était vraiment du très haut niveau, sans doute l’un des meilleurs matchs féminins de ces dernières années. Je m’étais, en plus, qualifiée alors pour ma première finale à Roland-Garros. »
– Vous avez vécu une année particulièrement difficile sur le plan personnel. Ces problèmes sont-ils oubliés ?
« J’essaie d’oublier les événements extérieurs. Beaucoup de choses ont changé dans ma vie ces derniers temps, il faut faire avec. Les gens changent, ils évoluent, ils doivent faire face à un certain nombre de situations, ainsi va la vie. J’ai eu des moments difficiles, mais maintenant, je me sens bien. Ce qui est étonnant, c’est qu’en arrivant à Paris, je me suis rendue compte que les années passaient vraiment très vite. J’avais l’impression que ma victoire de l’année 2006 remontait à hier. »
– Vous n’avez pas été épargnée par le sort (décès de proche, maladie, séparation…) dans votre vie. Vous donnez l’impression d’être une petite guerrière. Est-ce que cette image vous convient ?
« C’est vrai que j’ai dû me battre contre beaucoup de choses. Ma vie a souvent été un combat. Mais franchement je ne garde aucune colère, ni aucune rancoeur par rapport à tout ce qui a pu m’arriver. Je ne vis jamais rien comme une revanche sur les événements de ma vie. J’estime même avoir quand même eu beaucoup de chance dans ma vie. Je suis aujourd’hui en bonne santé, j’ai des gens formidables autour de moi, c’est l’essentiel. Alors, oui, j’ai peut-être un côté fragile, petite fille, mais ma sensibilité est aussi une force. »
Propos recueillis par David DELPORTE
DIGEST
Justine Henin est née le 1er juin 1982 à Liège (Belgique). 1,67 m ; 57 kg.
Entraîneur : Carlos Rodriguez. Classement WTA : n°1.
Palmarès : vainqueur de l’Open d’Australie en 2004 ; de Roland-Garros en 2003, 2005 et 2006 et de l’US Open en 2003 ; finaliste de l’Open d’Australie en 2006 ; de Wimbledon en 2001 et 2006 et de l’US Open en 2006 ; vainqueur du Masters en 2006 ; vainqueur de 27 autres tournois WTA (1 er succès à Anvers en 1999) ; médaillée d’or aux Jeux olympiques d’Athènes en 2004.
Son année 2007 (6 tournois disputés) : vainqueur à Dubaï, Doha et Varsovie ; finaliste à Miami ; demi-finaliste à l’Open Gaz de France et à Berlin.















