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La Voix des Sports - 30/04/2007
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« C’est fabuleux, la réalité a dépassé de loin mon rêve »
Jean-François Caron

Maire de Loos-en-Gohelle, Jean-François Caron (bientôt 50 ans) est, avec Philippe Lamblin, à l’origine de la création de La Route du Louvre. Engagé cette année sur le marathon, l’homme a accepté de dévoiler une facette moins connue de sa personnalité…

– Quel est votre rapport avec le sport ?
« Ce qui me rattache au sport, c’est un principe de plaisir. j’aime la dimension nature, je ne suis pas écolo pour rien. J’aime la jonction du sport et du plein air, qu’il fasse beau, qu’il pleuve ou qu’il neige. Je fais beaucoup de canoë-kayak, de parapente dans des endroits aussi divers que la Sardaigne ou la Roumanie, et je pratique aussi le triathlon, ce qui fait que je m’entraîne régulièrement en natation, en vélo et en course à pied. Mais je dois dire que, finalement, ce qui me plaît le plus, c’est la course d’orientation, qui nécessite à la fois une capacité de courir et une capacité de réfléchir. »

 

– Vous pratiquez tout ça dans un esprit loisir ou compétition ?
« Je suis très éclectique, il y a beaucoup d’aspect plaisir et loisir. Le côté compétition c’est uniquement pour les raids et les triathlons. Je ne suis pas vraiment du genre sprinter. Plus les distances s’allongent, plus je suis à l’aise. »


– Votre plus grande expérience reste donc le triathlon d’Embrun ?
« Oui je m’y suis attaqué deux fois, en 2003 et en 2006. C’est, à mes yeux, la course la plus difficile du monde en 24 heures. Quand je pense que certaines personnes se plaignaient des 40 m de dénivelé sur La Route du Louvre, ça m’amuse. À Embrun, il y a 1 500 m de dénivelé après la natation et le vélo. C’est quand même autre chose. »


– Cette passion pour le sport était déjà présente dans votre jeunesse ?
« Oui et non. Disons que lorsque j’étais adolescent, je faisais surtout du scoutisme, des activités déjà en lien avec la découverte de la nature. Quand je me suis marié, avec ma femme, nous faisions des treks pendant les vacances. »


– En moyenne, le sport vous prend combien de temps, aujourd’hui, dans une semaine ?
« J’ai envie de dire 10 à 12 h. ça peut monter jusqu’à 18 h en période de vacances et ça descend rarement sous les 7 ou 8 h. J’essaie d’avoir toujours une activité par jour. »


– Ce n’est pas trop difficile de trouver du temps avec votre fonction d’élu ?
« Non, j’arrive à m’organiser pour que ça n’entrave pas mon travail. Je vais faire un footing à 7 h 30 le matin avant d’aller à la mairie.
Pour nager, j’arrive toujours à trouver une heure de libre. En fait, je m’accorde simplement, depuis trois ans, mon après-midi du mercredi, pour faire des sorties en vélo. J’ai même envie de dire que c’est un plus pour mon travail. »


– C’est-à-dire ?
« Souvent les gens critiquent les élus, mais ils ne mesurent pas à quel point ça peut être dur parfois. Ce sont des rapports de force en permanence, des tensions, des prises de tête, des horaires impossibles. Le sport m’offre une coupure, pendant que j’y suis j’oublie tout. Une heure de piscine me permet de me requinquer avant d’attaquer une réunion en soirée. Beaucoup de gens sont surpris que je parvienne à rester zen la plupart du temps. Mon secret, c’est le sport. »

– C’est votre bouffée d’oxygène ?
« Oui, c’est une façon de ne pas être toujours dans le même monde. Ce qui me plaît énormément, c’est que je rencontre des gens avec qui l’on parle de tout, sauf de politique. Quand je fais une sortie de 100 à 150 bornes en vélo, j’ai l’impression que le temps s’arrête.. Le sport est donc à la fois un plaisir pur et un remède d’une efficacité redoutable par rapport au stress de ma fonction. Aujourd’hui, je ne peux plus m’en passer. Il m’est arrivé de stopper quinze jours pour soigner une petite blessure et je ne me sentais vraiment pas bien. »


– Vous êtes juste un acteur du sport ou également un grand fan en tant que spectateur ?
« Je dois dire que je ne regarde quasiment jamais la télévision. J’ai fait une exception récemment pour Paris-Roubaix, ou lorsqu’il y a des Jeux Olympiques par exemple. J’aime bien, en revanche, aller voir des meetings d’athlétisme. C’est encore plus vrai depuis que je connais Philippe Lamblin. Mais j’ai un grand souvenir de spectateur à Montréal, en 1976. J’étais dans les tribunes le jour où Guy Drut a gagné la médaille d’or au 110 m haies devant tous les Américains. C’était un grand moment. »


– Vous êtes, avec Philippe Lamblin, à l’origine de la création de La Route du Louvre. Comment est née cette idée ?
« En fait, ça fait déjà longtemps que j’organise des épreuves de sport, comme la course des terrils à Loos-en- Gohelle, où l’on propose l’ascension du plus haut terril d’Europe. Pour La Route du Louvre, le point de départ c’est une réflexion menée pendant plusieurs années sur le rapprochement entre la métropole lilloise et le bassin minier. J’ai travaillé avec Pierre Mauroy sur le sujet. J’estimais que ce rapprochement ne devait pas se faire politiquement ou institutionnellement, mais à partir de projets dans des domaines aussi divers que le sport, l’économie ou la culture, pour que les gens apprennent à se connaître. Il y a beaucoup de méfiance, il faut donc mobiliser pour qu’ils défendent une cause commune et il y aura alors un rapprochement voulu et non subi. Un marathon entre Lille et Lens était donc l’une des idées ».


– Une idée qui a mis du temps à voir le jour… « Oui, tout le monde trouvait l’idée séduisante, mais personne ne prenait la balle au bond. Il a fallu attendre quelques années et la rencontre avec Philippe Lamblin pour que ça se fasse. »

 

– Vous devez donc être fier du succès rencontré par la première édition ?
« J’en suis bien sûr très heureux, mais je suis responsable de l’idée, pas du succès. C’est la Ligue d’athlétisme qui a réalisé un travail extraordinaire. Ce qui est fabuleux, c’est que la réalité a dépassé de loin mon rêve. J’ai été bluffé par ces huit mille personnes présentes sur la route.
C’est pour ça que j’ai décidé de faire le marathon cette année. J’avais envie de voir en tant qu’organisateur, ce que ça donne de l’intérieur. »

Propos recueillis par David DELPORTE

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