La Voix du Nord - 20/10/2006 |
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C’est fou ce que quatre-vingt-dix-huit secondes peuvent marquer une vie... Pierre-Yves Chatelin n’a ainsi jamais oublié que c’est l’écart qui fit basculer Michel Malinowski en enfer ; que c’est aussi ce laps de temps qui propulsa le Canadien Mike Birch dans un autre monde...sports@lavoixdunord.fr PHOTO JEAN-PIERRE BRUNET
La Route du rhum 1978, première du nom, est restée... ancrée dans la mémoire de Pierre-Yves Chatelin. « J’étais allé au départ. Je me souviens ensuite de cette incroyable arrivée. Petit à petit, l’idée a germé, de plus en plus fort. Ça avait même failli il y a quatre ans... » Ce « vieux rêve », comme il dit sagement, s’est donc concrétisé. « La Class 40 tombait pile dans le créneau que nous nous étions fixé. Ça fait deux ans que nous y sommes. Les points faibles du bateau ont été repérés, réparés. » Chatelin n’a donc rien laissé au hasard même si, pour arriver à Saint-Malo, le chemin fut long, semé d’embûches. Partant pour le « Rhum 2002 », il se vit signifier, quelques mois plus tôt, que le bateau sur lequel il lorgnait était vendu...
« Je m’étais présenté avec le chèque à la main pour me porter acquéreur du "Cigare rouge" (l’ancien 60-pieds de Jean-Luc Van den Heede) que Catherine Chabaud, puis Joé Seeten, avaient mené dans les Vendée Globe 1997 et 2000. On m’a répondu qu’il avait été vendu trois jours plus tôt. Fort heureusement, les sponsors sont restés derrière moi. »
D’abord au mental...
Le moral revenu, Pierre-Yves Chatelin est donc, cette fois, au départ. À Saint-Malo depuis mardi soir, il appréhende sereinement la course, même s’il estime qu’il y a du beau monde.
« Quand je vois les petits copains autour, je m’aperçois qu’il y a de superbes prototypes de course. Je ne voulais pas d’un bateau invivable.
J’ai, certes, une monture moins extrême, mais je pense pouvoir me hisser aux environs de la dixième place, de l’autre côté... » Cet « autre côté », la Guadeloupe, qui fait déjà rêver ses 73 autres adversaires. « Il est sûr que ceux qui sont au départ ne sont pas là pour se promener, réplique-t-il. Ce n’est pourtant pas celui qui aura les plus gros biceps qui gagnera. Cette Route du rhum ne se jouera pas forcément au physique, elle se jouera aussi dans la tête. » Le sympathique professeur d’EPS qu’il est ne boude pas le plaisir de naviguer en aussi bonne compagnie. Il n’oublie également pas ceux qu’il a côtoyés, des mois durant, sur ce Destination Calais qu’il espère gratifier d’une eau chaude et turquoise dans quelques semaines. « J’ai emmené les enfants de Calais, des parents, des amis, des partenaires », conclut-il fièrement. Le reste n’est peut-être plus que du bonus.
Un bonheur pour lequel sa famille et lui ont tout consacré depuis de nombreux mois, presque une éternité. C’est pour cela que « Piwaï » n’entend pas gâcher une seule goutte de « Rhum ». Le défi est à ce prix...















