La Voix des Sports - 30/10/2006 |
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Saint-malo (envoyé spécial). – Un véritable temps de demoiselles ! Ceux qui s’attendaient à voir 74 bateaux se jeter sur la ligne de départ comme des morts-de-soif, n’en ont pas eu pour leur argent. Ce n’était pas grand beau, ce n’était pas tempête. Il y avait juste assez de vent (5 noeuds) pour éviter l’endormissement, mais pas assez pour admirer un dantesque spectacle dans le style de quelques éditions précédentes.
La magie de la Route du rhum avait pourtant frappé dès les premières heures de la matinée quand, dans le port de Saint-Malo, des dizaines de grosses vedettes s’entassèrent dans l’écluse, chargées de centaines de spectateurs. Il ne fallait surtout pas rater le bord, sous peine de suivre les premières heures de course sur un écran géant dans un Saint-Malo intra-muros noyé par une foule joviale.
Car la course se vit sur l’eau, ce que les gens de « Cap VAD » comprirent immédiatement en affrétant une vedette de 112 places. À son bord, les fans de Thibaut Derville, plus « Mimi » Chatelin, non pas passagère clandestine, mais invitée très particulière des « fair-play » spécialistes de la vente à distance. Un geste révélateur de l’ambiance qui règne au sein de cette « class 40 », curiosité de cette Route du rhum. Et si dans ce temps « limite pétole », les multicoques attirèrent bien sûr une noria de bateaux suiveurs, les « Jumbo », « Pogo » et consorts se taillèrent un joli succès d’estime.
13 h 02, le « Commandant Lherminier », bâtiment de la Marine nationale, lâcha la flottille, après que chaque skipper eût libéré quelques quarts d’heure plus tôt, la famille, deux ou trois amis, un assistant… Sur « Cap Vad », Armelle Derville, l’épouse de Thibaut, Maxime, Romain et Victor, trois des quatre fils, sautèrent dans un canot, avant que Jacques Guilmain ne soit le dernier à serrer dans ses bras le sponsor devenu skipper.
Sur « Destination Calais », c’est le seul Michel Morin, l’ami de Pierre-Yves Chatelin, qui retarda le plus possible l’échéance avant de se décider à sauter dans une annexe. « Mimi » avait, elle, le portable nerveux et la jumelle attentive. Son mari de marin, décontracté au possible, se permit même le luxe de lui téléphoner à quelques instants de la minute fatidique. Michèle lâcha un lourd sanglot, étouffa ensuite son émotion, tandis que les multicoques, poursuivis par une nuée de mouches flottantes, peinaient à prendre de la vitesse.
Chez « Cap VAD », on scrutait la ligne, on grattait l’horizon. Mais à bord de la vedette « Enez Vraz », on ne put même pas savoir en direct que Thibaut Derville avait pris le meilleur départ des monocoques, toutes catégories confondues ! Au nez et à la coque des « PRB », « Sill &Veolia » et des plus beaux 60 pieds. Une belle ligne, comme celles qu’il apprit à ses débuts, sur le plan d’eau de Palluel. Un départ canon, moment hallucinant, parfait reflet de la détermination d’un homme qui n’a peur de rien et qui, hier, vivait pleinement son rêve. Un rêve les yeux grand ouverts, comme celui de Pierre-Yves Chatelin, Géry Trenteseaux, Joë Seeten ou Dominic Vittet. Un rêve grandeur nature, comme l’était tout autant le spectacle pour ces milliers d’observateurs sur l’eau. La météo avait rendu abordable la première bataille navale disputée sur un plan d’eau très encombré, mais rendu « propre » grâce à la prudence des gens de mer.
Sur terre, c’est au Cap Fréhel, noyé dans une fine brume, que le dernier spectacle avant le large devint surnaturel pour deux ou trois cent mille amoureux de la mer. Et le théâtre naturel qu’était l’imprenable vue sur l’eau combla le public. Franck Cammas (« Groupama ») fut le premier à virer la bouée, quatre minutes et trente secondes avant un Michel Desjoyaux (« Géant ») talonné par Lionel Lemonchois (« Gitana 11 ») et Thomas Coville (« Sodebo »).
Retour sur les « Class 40 », une heure après les libellules. Vittet (« Atao Audio System ») passait six minutes avant Joë Seeten (« TMI ») troisième, un quart d’heure avant Thibaut Derville (« Cap VAD ») cinquième, une petite heure avant Pierre-Yves Chatelin (« Destination Calais ») onzième, tandis que Géry Trenteseaux (« Guyader L’esprit de la mer ») pointait dix-huitième. Mais devant les étraves, près de 4 000 milles nautiques… Les corsaires nordistes avaient déjà affiché leurs intentions. Sabre au clair !













