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La Voix des Sports - 06/11/2006
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Lionel Lemonchois n’a que ce qu’il mérite
Route du Rhum
 Lionel Lemonchois est en passe d’établir «LE» record de la course. Certes, les records sont faits pour être battus. Pour autant, celui que Lionel Lemonchois est en train d’établir sur cette huitième Route du rhum - La Banque postale est exceptionnel (huit jours de traversée, grosso modo, au lieu de douze). Et le Normand touche enfin à LA grande victoire qu’il mérite tant.
« Si j’avais dû choisir un bateau, ç’aurait été celui-là », affirmait le Normand avec un grand sourire, sur les quais de Saint-Malo.
On sait bien que les propos d’avant course, d’avant match, sont toujours à prendre avec certaines réserves. Mais là, apparemment, Lionel Lemonchois sortait du discours convenu, et laissait parler son coeur.
Lui, le second, l’homme de l’ombre, le joker que tous s’attachent et s’arrachent depuis de nombreuses années, touche enfin au but, et son arrivée victorieuse à Pointe-à-Pitre (attendue à l’aube) va enfin le mettre sous les projecteurs. Ce qu’il ne recherche pas particulièrement, car sous la carapace du colosse se cache un garçon sensible et discret. Cette victoire pourrait enfin lui ouvrir les portes de la reconnaissance. Due.
Isabelle Autissier, Catherine Chabaud, Karine Fauconnier l’ont toutes un jour ou l’autre pris à leur bord, ce qui lui a parfois valu quelques sourires sur les pontons. Qui n’ont pas duré, au regard des résultats de leurs projets gagnants. Et son surnom, « Le bon choix », s’est naturellement imposé. Marin indiscutable.
Lionel a été matelot, ferrailleur d’épaves (il savait plonger avant de savoir nager), cueilleur de coquillages rares ou précieux aux Caraïbes, a traversé l’Atlantique à 18 ans, disputé la Transat 6.50 sur un voilier construit de ses mains, préparateur de bateaux, équipier, chef de quart… et reste un partenaire très recherché dès qu’il s’agit de mener un projet ambitieux à terme. Ce n’est d’ailleurs pas par hasard que Bruno Peyron a fait appel à lui quand il a fallu constituer l’équipage d’« Orange II » victorieux du dernier Trophée Jules Verne !
Pointé hier à 20 heures à « seulement » 129 milles (240 km) de l’arrivée à Pointe-à-Pitre, Lionel Lemonchois va pouvoir enfin quitter son cocon, et la chrysalide devenir papillon. Pour savourer sa première grande victoire en solo. Or son palmarès ne manque pourtant pas de succès, à tel point que Dominic Vittet, qui l’avait engagé comme préparateur lors de ses premières campagnes en Figaro, rappelle : « Il n’a jamais eu « son » sponsor, la promo de son nom n’a jamais été faite, mais c’est un type complètement génial, et quand il met le pied sur un bateau, il gagne. » Lemonchois, pourtant, n’est pas une vedette. Du moins, pas encore.
« Mino », qui a terminé avec lui sur le podium de la dernière Transat AG2R sous les couleurs d’« ATAO Audio System » en 2005, sourit : «  À l’arrivée, je lui avais dit : “Cette deuxième place va faire tache sur ton palmarès !” » La première, qu’on attendait cette nuit, il la devra aussi au baron Benjamin de Rothschild, mécène et non sponsor, qui a maintenu, contre vents et marées, son soutien indéfectible à la classe des multicoques ORMA, permettant ainsi à ce championnat parfois décrié de survivre, ses « Gitana » ayant souvent assuré une bonne part du plateau. La preuve…
Ch. TAVERNE-GRASSET
Photo AFP

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