La Voix des Sports - 11/12/2006 |
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à 44 ans, Marie-Line Gillot a déjà passé plus de la moitié de sa vie aux côtés de Francis Gillot, l’actuel entraîneur du RC Lens.
Discrètement, elle épaule quotidiennement son mari tout en prenant bien soin de rester dans l’ombre. Elle a fait une exception pour nous…
– Quand vous avez rencontré votre futur mari, saviez-vous ce qui vous attendait ?
« Pas du tout ! J’étais lycéenne, du côté de Valenciennes, j’aimais bien le sport, je faisais du volley-ball. Francis était déjà au centre de formation de Valenciennes, mais je n’avais aucune idée de ce qu’était le football professionnel. À cette époque, on en parlait moins qu’aujourd’hui. J’ai appris sur le tas. »
– Votre mariage avec un footballeur vous a-t-il demandé des sacrifices ?
« J’avais passé mon bac secrétariat et je voulais me lancer dans le tourisme. Dans le même temps, Francis a signé à Lens. J’ai donc arrêté mes études pour le suivre. Je pensais reprendre après, mais nous avons eu nos enfants rapidement. Et finalement, ça me convenait. Je suis très famille, j’avais envie d’élever mes enfants. »
– Comment se passait votre vie de femme de footballeur ?
« Je me suis toujours adaptée au rythme des matches et des déplacements. Il fallait suivre quelques règles, ce qui n’était pas évident au début, quand on est jeune : on ne pouvait pas trop sortir, Francis devait respecter le rythme de la sieste, des soins… Le jour où il a décidé d’arrêter, il a eu envie de changer de région. Il ne voulait pas rester dans le football, alors nous sommes descendus à Toulouse, où il a suivi des cours de gestion-comptabilité. »
– Vous avez dû tout quitter pour le suivre… « Je n’ai jamais travaillé, je pouvais partir n’importe quand. Francis a joué à Lens, mais aussi à Strasbourg et à Mulhouse. Nous avons déménagé une quinzaine de fois, alors au bout d’un moment, les valises étaient vite faites ! D’ailleurs, après Toulouse, nous sommes partis à Sochaux. »
– Comment cela s’est-il passé ?
« Francis est finalement revenu vers le football. Il a passé ses diplômes d’entraîneur et il s’est mis sur le marché. Il a été pris à Sochaux, où il a signé pour un an avec les moins de 15 ans. Puis, il a continué avec les moins de 18 ans. Ensuite, il est devenu adjoint de l’équipe première. En tout, nous sommes restés sept ou huit ans à Sochaux. »
– Et ensuite ?
« Son contrat s’est arrêté, le club n’a pas voulu le garder. Il a donc renvoyé des CV un peu partout et a trouvé un poste aux Émirats arabes unis.
Ma fille était encore au lycée, je ne pouvais pas partir, c’était trop compliqué. J’avais toujours suivi Francis, alors ça a été très difficile de ne pas pouvoir l’accompagner. Pendant un an, j’ai tout organisé pour le rejoindre. Je m’étais mise d’accord avec une école française de Dubaï, mais il est rentré avant. »
– Et vous êtes revenus à Lens… « Oui, nous pensions qu’il prendrait, là encore, une équipe de jeunes. Mais Francis a rejoint le staff technique, puis il est devenu adjoint de Joël Müller et enfin, entraîneur principal. »
– Quel rôle avez-vous joué à ce moment-là ?
« Je l’ai toujours soutenu. Il fait le métier qu’il aime. Je ne peux pas aller contre. Nous en avons parlé ensemble et je lui ai répété que je le suivrais dans tout ce qu’il faisait, même si, au fond de moi, j’étais et je suis toujours assez angoissée. »
– Pour quelles raisons ?
« Le métier d’entraîneur est très incertain. Chez les jeunes, personne ne parle de vous, ce n’est pas le même stress. Quand il a repris l’équipe professionnelle, elle était dans une mauvaise passe, ce n’était pas gagné d’avance. Il a été très exposé. »
– Comment l’avez-vous vécu ?
« Je n’étais pas blindée. Au début, tout me faisait mal, les articles de journaux, les reportages… Je n’aime pas qu’on touche aux miens. Je préfère que ça m’atteigne plutôt qu’un proche. Mais maintenant, j’ai pris un peu plus de recul. »
– La vie au quotidien ne doit pourtant pas toujours être évidente… « Disons que, depuis que Francis est entraîneur, il est plus souvent absent que lorsqu’il jouait. Un joueur va à l’entraînement, puis il rentre chez lui et passe à autre chose. L’entraîneur doit préparer ses séances, visionner des matches, aller superviser des équipes. Nous avons pris six jours de congés ensemble depuis qu’il est à Lens. Et encore, il m’a emmenée sur un lieu de stage pour voir les installations ! C’était près de la frontière suisse, c’était sympa quand même… Et puis, quand il n’est pas là, je sors avec des amies, avec ma fille, je lis, je fais du sport, je vais dans ma famille. »
– Arrivez-vous à trouver votre place dans le couple ?
« Je vis un peu au rythme des victoires et des défaites. Lorsqu’il a perdu un match, il vaut mieux ne pas lui proposer une sortie au cinéma. Je le laisse tranquille, je sais qu’il aime bien être chez lui (elle sourit)… quand il gagne aussi d’ailleurs ! Les périodes les plus difficiles à gérer sont celles où les mauvais résultats s’enchaînent, comme en septembre dernier. Francis se pose beaucoup de questions. »
– Comment l’aidez-vous ?
« S’il ne parle pas lui-même du sujet, je ne dis rien. S’il vient vers moi, je l’écoute. Je lui propose aussi d’aller marcher au golf, pour décompresser. Sinon, je sais qu’il aime le lapin mijoté. Quand je lui en prépare, ça va souvent mieux après ! »
– Comment voyez-vous l’avenir ?
« Je vis au jour le jour. J’ai une telle confiance en mon mari, il a une telle force mentale que je sais que nous rebondirons quoi qu’il arrive.
Je suis là pour l’épauler. Nous formons une équipe. Nous avons eu des mauvais moments, puis des bons. Je n’ai pas le droit de me plaindre, c’est comme ça pour tout le monde… »















