La Voix des Sports - 10/09/2007 |
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Les préjugés ont la vie dure. On a parfois du mal à le croire, mais le rugby, comme le football, le hand ou le basket, se conjugue aussi au féminin.
Alors que la Coupe du monde masculine a démarré, mettant en lumière les Bleus de Bernard Laporte, de nombreuses filles s’apprêtent à reprendre leur championnat dans l’ombre. Parmi elles, Alexandra Pertus, licenciée à Villeneuve-d’Ascq, en première division. Elle compte déjà cinq sélections en équipe de France A (la réserve) et rêve d’être le numéro 15 des Bleues lors de la prochaine Coupe du monde, en 2010.
– Comment êtes-vous arrivée au rugby ?
« Un peu par hasard. Je jouais au handball dans les Ardennes et une copine a voulu que je la suive au rugby. J’ai commencé avec les garçons, il y a trois ans et j’ai été sélectionnée dans l’équipe du comité des Flandres. L’un des membres de ce comité m’a appelée pour que je vienne à Villeneuve-d’Ascq.
Ça tombait plutôt bien, je voulais découvrir le haut niveau et en plus, je devais venir dans la région pour passer mon brevet d’éducateur sportif, option rugby, à Liévin. »
– Comment est-ce perçu autour de vous ?
« On me répète souvent que ce n’est pas un sport pour les filles, que ça n’existe pas. Mais quand les gens me voient sur le terrain, lorsque je fais des initiations pour les enfants, c’est différent. Et quand je leur dis que je joue en équipe de France, ils voient carrément les choses autrement ! »
– Qu’aimez-vous dans ce sport ?
« C’est une vraie famille. Tout le monde joue pour les autres. Si je joue en équipe de France, ce n’est pas que pour moi, c’est aussi pour progresser et en faire profiter mon club. Et puis, il y a une mentalité différente des autres sports. Pour jouer, il faut de la ruse et de l’intelligence.
On pense souvent que les rugbymen sont tous des brutes, mais non ! »
– Lors de vos stages avec l’équipe de France, avez-vous eu des contacts avec les Bleus ?
« Oui, puisque nous allons aussi à Marcoussis. Je les ai déjà croisés quand ils préparaient le tournoi des VI Nations, c’était énorme ! Je me suis même fait prendre en photo avec Imanol Harinordoquy. On me l’a d’ailleurs reproché : on m’a dit que j’étais au même niveau qu’eux et qu’il ne fallait pas se comporter comme une fan. Sinon, on a pu leur parler un peu, ils sont super sympas. Il n’y a qu’avec Clément Poitrenaud que je n’ai pas osé discuter. Il m’impressionne tellement que je n’ai même pas su lui dire bonjour ! »
– Et Sébastien Chabal, le grand fantasme féminin ?
« Lui, il m’éclate. Même les filles ne jouent pas avec les cheveux détachés… ni la barbe d’ailleurs ! Je l’ai croisé au bar de Marcoussis. C’est vraiment un monstre, physiquement. Il est très impressionnant. »
– Que pensez-vous de cette équipe de France ?
« Elle est très puissante, mais elle ne joue pas uniquement sur sa force. Elle sait rester lucide. J’y crois pour la Coupe du monde, mais ça risque d’être difficile. »
– Allez-vous suivre les matchs ?
« Oui, mais je n’ai pas de places, alors ce sera devant la télé. En 1998, j’étais à fond derrière l’équipe de France de football, je ne connaissais pas du tout le rugby. Maintenant, c’est différent. J’espère voir une finale France - Nouvelle Zélande, parce que les Blacks me font rêver. Ils sont aussi forts chez les garçons que chez les filles qui ont remporté la Coupe du monde, l’an dernier. »
– C’est une compétition que vous aimeriez disputer…
« Oui ! J’ai été sélectionnée cinq fois cette saison avec l’équipe de France A. J’ai fait toutes les rencontres de Coupe d’Europe, sauf la finale. C’était très fort, j’ai pleuré en entendant La Marseillaise avant le match contre le pays de Galles, l’un des plus grands moments de ma vie. Maintenant, je vais tout faire pour être prise en équipe de France. Je sais que la concurrence est rude, mais j’aimerais vraiment être le numéro 15 des Bleues pour la prochaine Coupe du monde, en 2010. J’aurai 23 ans, ce sera le bon âge ! »















