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La Voix des Sports - 29/10/2007
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Anne-Sophie Roquette montre la « voix » à suivre au LOSC
Passion

Elle se destinait au droit international. Finalement, c’est au milieu de la pelouse du LOSC qu’Anne-Sophie Roquette plaide un samedi soir sur deux. Micro à la main, elle emmène derrière elle tout le public lillois depuis 17 ans. Et elle ne compte pas s’arrêter de sitôt !

 

– Anne-Sophie, comment êtes-vous arrivée sur le terrain de foot du LOSC ?
« À l’époque, j’animais les soirées foot sur Radio Voix du Nord (RVN). Notre responsable des relations publiques recevait des lettres de femmes de supporters qui se plaignaient de voir leurs maris filer au stade les soirs de matchs. Il a voulu leur faire comprendre que le football s’adressait aussi à elles, en mettant une femme sur le terrain. Et il m’a proposé d’y aller. »

 

– Vous aimiez le football ?
« Oui, ça me vient de ma mère. Elle aimait tous les sports en général, alors que mon père, pas du tout. À la maison, elle l’envoyait voir la télé en haut, en noir et blanc, pour pouvoir regarder les matchs en couleurs dans le salon. Le jour où Schumacher a agressé Battiston, elle a bondi de son fauteuil et est retombée à côté. Elle s’est fêlé le coccyx ! »

 

– Et cet amour du LOSC, d’où vient-il ?
« Quand j’étais adolescente, avec mes parents, nous avons emménagé à Lambersart, près de Grimonprez-Jooris. De l’autre côté de la route se trouvait une famille avec deux garçons, Stéphane et Pascal Plancque, qui jouaient au LOSC. On a rapidement formé une bande avec d’autres jeunes du quartier. On faisait des boums ensemble, on allait voir Pascal et Stéphane jouer quand ils nous donnaient des places. C’est comme ça que je me suis attachée au club. S’ils avaient signé à Lens, ç’aurait peut-être été différent. Quoique… »

 

– Vous souvenez-vous de votre premier match au micro ?
« Non. Je me souviens du casting que j’ai dû passer, dans un stade Grimonprez-Jooris complètement vide. J’ai parlé dans le micro et j’ai été retenue.
C’était pendant la saison 1989-1990. Je me souviens aussi de mon état d’esprit avant le match. J’avais le trac, mal au bide, peur d’en prendre plein la tête. J’étais lâchée dans l’arène, tous les regards convergeaient vers moi !

 

– Et finalement, comment cela s’est-il passé ?
« J’ai entendu fuser quelques noms d’oiseaux, même si des oiseaux de ces noms-là, ça n’existe pas ! Mais les plus critiques se sont calmés quand ils ont compris que je partageais la même passion qu’eux. »

 

– Vous avez une façon particulière d’annoncer les buts lillois… « Quand le LOSC marque, je fais comme tout le monde, je me lève et je crie un bon coup ! Ensuite, je laisse ma joie retomber avant de prendre le micro. En revanche, quand l’adversaire marque, c’est très informatif. Et dans ma tête, je me dis : “Fait ch… !” Quand on perd, ça me scie les bras.
Mais je relativise dans la foulée ; il y a des choses plus graves dans la vie. Cela dit, j’ai quand même du mal à m’endormir à force de refaire le match. »

 

– Quels sont les souvenirs qui vous ont le plus marquée durant tout ce temps ?
« Humainement, la descente en Ligue 2. On avait mis la radio pour suivre les autres matchs. C’est comme ça qu’on a compris qu’on descendait. Je l’ai très mal vécu, ça s’entendait à ma voix. La Ligue de football professionnel (LFP) nous demande d’être neutres, mais je ne peux pas ! Le public a envahi le terrain pour remercier Bernard Lecomte de tout ce qu’il avait fait pour le club, c’était un moment très fort. Ensuite, il y a eu la remontée en Ligue 1 et dans la foulée, la Champions League. Contre Parme, au tour préliminaire, il y avait 14 000 personnes à Grimonprez-Jooris. Elles faisaient tellement de bruit qu’on avait l’impression d’être 40 000 ! »

 

– C’est un rendez-vous très particulier pour les animateurs ?
« Moi j’en avais rêvé, le LOSC l’a fait. C’est un événement magique et prestigieux. En championnat, je commence à avoir mal au ventre vers 17 h.
Là, c’est la veille au soir ! Malheureusement, l’ambiance est très verrouillée : je ne peux pas aller sur la pelouse. Le cahier des charges de l’UEFA est très strict, alors je reste coincée dans ma tribune avec le micro. C’est dommage. Sinon, sportivement, c’est vrai qu’on voit des matchs qu’on ne voit pas toute l’année en championnat. »

 

– S’il n’y en avait qu’un à retenir, ce serait lequel ?
« Celui où l’on empêche Manchester d’aller en huitièmes de finale, il y a deux ans. Et la victoire à Milan, la saison dernière. C’était la première fois qu’un club français gagnait là-bas ! »

 

– Vous avez croisé beaucoup d’entraîneurs. Quels sont ceux qui vous ont le plus touchée ?
« Le premier, c’est l’actuel, Claude Puel, pour son côté très droit. Pour moi, c’est l’entraîneur le plus classe de Ligue 1. C’est un très bon manager, il sait faire confiance aux jeunes. Il a eu du courage et du culot de prendre la succession de Vahid Halhilodzic. Il s’est fixé l’objectif d’aller jusqu’au nouveau stade, c’est génial d’avoir de la stabilité à la tête de l’équipe. »

 

– Ensuite ?
« Il y a Vahid. Au début, il me faisait peur, parce qu’il était grand et qu’il avait l’air sévère. Mais un jour, on s’est rencontrés en dehors du match. Il s’est montré charmant ! Et il a eu de sacrés résultats avec le LOSC. J’ai beaucoup aimé aussi Jacques Santini, qui était très gentil, Jean Fernandez et Jean-Michel Cavalli. »

 

– Et chez les joueurs ?
« Je suis restée super pote avec Bernard Lama. Oumar Dieng m’appelait maman ! Aujourd’hui, j’aime beaucoup nos “tiots-tiots”, les Cabaye, Debuchy, Dumont. Il y a aussi Greg Tafforeau, un mec exemplaire. De manière générale, j’essaie de suivre tous ceux qui ont porté le maillot du LOSC, comme Geoffrey Dernis, Benoît Cheyrou, ou Mathieu Chalmé, un mec en or. »

 

– Comment gérez-vous cette passion au quotidien ?
« Je la partage avec mon mari, David, qui est chargé du foot en salle dans la région. On parle beaucoup après les matchs, on analyse. Mais quand on a un trop plein, on zappe. Tous les gens qui nous connaissent le savent : on ne peut pas les voir un samedi sur deux. C’est pareil pour les mariages, on s’organise. Heureusement, dans nos amis, beaucoup sont concernés par le LOSC. Et s’ils ne le sont pas, on les convertit ! »

 

– Combien de temps allez-vous continuer ?
« Tant qu’on ne me demande pas d’arrêter, que j’ai la passion et l’envie. Je n’ai raté que trois matchs en 17 ans. Je n’arrête jamais, même quand je suis malade ; rien que de voir les gens, ça me redonne la pêche. J’aime le LOSC, le club comme les supporters, c’est ma deuxième famille. Et je veux voir le grand stade, depuis le temps qu’on nous le promet ! »

Propos recueillis par Carine BAUSIÈRE
 Photos Max ROSEREAU

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