La Voix des Sports - 19/11/2007 |
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«Entraîner ? Oui, un jour, pourquoi pas ? Mais certainement pas des filles ! » Mesdames, ne commencez pas à bondir de colère, cette petite phrase sort de la bouche de Marinette Pichon, figure emblématique du football féminin français, quand elle a pris sa retraite la saison dernière. Après quinze ans de carrière, elle sait certainement de quoi elle parle.
Effectivement, un bruit persistant court, dans le monde sportif, selon lequel entraîner des filles peut vite tourner au cauchemar. Mais, mais... sommes-nous si terribles que ça ? Pour en avoir le coeur net, la question a été posée à deux hommes. Deux entraîneurs de la région qui viennent de franchir le pas en prenant la tête d’équipes féminines et qui ont déjà eu le temps de se faire une opinion sur le sujet. Il faut dire, à les entendre, qu’on entre très vite dans le bain.
Fabrice Courcier dirige les basketteuses de Saint-Amand depuis un an et demi, après avoir longtemps joué, puis entraîné, chez les garçons (Tourcoing, Gravelines). Prévenant, il essaye de peser ses mots pour parler de son entrée en matière, mais il finit par craquer. « Disons que j’ai été un peu surpris à la base, mais que je suis content d’y être maintenant ! » Surpris, c’est-à-dire ? « Je me suis très vite rendu compte qu’il n’y avait pas que le terrain à gérer, sourit-il. Chez les garçons, on vit dans l’instant. Il y a parfois des situations un peu conflictuelles pendant l’entraînement. Mais quand la séance se termine, c’est fini. Or, les filles peuvent se rappeler longtemps ce qui s’est passé auparavant. En cas d’accrochage, mieux vaut régler ça tout de suite avant que ça explose, un mois et demi plus tard ! »
« Ça demande une remise en cause perpétuelle et beaucoup de patience pour établir une relation de confiance, confirme Emmanuel Lorette, arrivé en août à la tête de l’équipe féminine de rugby, à Villeneuve-d’Ascq. Il faut être capable de désamorcer rapidement un conflit, sinon, entre elles, ces dames peuvent être très sournoises et se donner des coups dans le dos. Les garçons règlent ça en deux-trois insultes, pas plus. Avec les filles, il faut absolument amener le dialogue plus haut, parce qu’elles sont plus susceptibles. Quand un garçon me gonfle, je lui dis assez crûment. On ne peut pas parler comme ça à une fille ! »
« De temps en temps, on serait tenté de penser que la solution passe par la dureté du langage, ajoute Fabrice, très diplomate pour le coup. Ça peut donc arriver, mais je ne suis pas certain que ce soit efficace avec un groupe féminin. Il vaut mieux faire comprendre les choses de manière souple. »
Passé ces premières constatations pas forcément élogieuses sur notre caractère, les deux coachs tirent des points positifs de leur expérience. Quand même... « On peut vraiment aller sur des choses plus pointues avec les filles, souligne l’entraîneur amandinois. Elles se font mieux à l’idée qu’il puisse exister des joueuses plus fortes. C’est donc plus facile de faire accepter un rôle moins en lumière à l’une ou l’autre, alors que les garçons préfèrent tous être en première page des magazines ! Cela dit, il faut quand même que chacune puisse prendre du plaisir dans son rôle. Je veille donc à placer chaque fille sur le même pied d’égalité. Parce qu’une équipe féminine vit très mal le manque d’équité. C’est ce genre de petit détail qui peut vous faire partir sur une bonne saison… ou une mauvaise. » « Moi, j’aime leur attention, leur réactivité, cette faculté d’assimiler plusieurs choses à la fois et plus vite que les hommes, indique Emmanuel. Mais comme ce sont des pipelettes, elles oublient parfois un peu vite ce qu’on a travaillé ! J’aime aussi leur nécessité de comprendre tout ce qu’on fait. On ne retrouve pas ça chez les garçons. Ça ne laisse pas de place à l’improvisation, c’est un moteur pour moi. »
L’entraîneur villeneuvois a mis un peu de temps à prendre ses marques, mais finalement, comme Fabrice Courcier, il ne regrette pas son choix. « Entraîner une équipe féminine, c’est vraiment une expérience qui mérite d’être vécue. »














