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La Voix des Sports - 24/07/2006
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Floyd Landis, cet autre Américain revenu de nulle part
Le vainqueur

 Première et dernière victoire sur le Tour pour les Phonak, l’équipe changeant de sponsor la saison prochaine. Paris (envoyé spécial). – Même Eddy Merckx, qui n’a pas vraiment le sens de l’imitation comme en témoigne le dédain du grand champion belge pour le pauvre type ressuscitant son maillot Molteni et son vélo Campagnolo sur toutes les routes de Belgique, s’est laissé aller à la confusion : « Ce que Landis a réalisé dans l’étape de Morzine, c’était du Merckx ! » Le compliment vaut bien son poids de maillots jaunes !
Après sept années d’un joug tyrannique, implacable et carré comme les mâchoires d’un Texan, Floyd Landis a redonné une vraie émotion à une épreuve le plus souvent cadenassée. À son corps défendant, d’ailleurs. Il aura fallu une grosse panne d’énergie dans la montée vers La Toussuire, suivie d’une bière réparatrice, le soir à l’hôtel, pour forcer le Pennsylvanien à se débarrasser de l’encombrante calculette qui avait du mal à sortir le Tour de ses petits comptes d’apothicaires.

Pendant deux semaines, la course a éprouvé beaucoup de difficultés à sortir de sa valse lente. Mais osons la comparaison : ce que Landis nous a offert dans la dernière étape alpestre relève de l’opéra ! Une oeuvre magistrale avec cuivres, percussions, choeurs et violons ! Avant le grand départ donné à Strasbourg, Marc Madiot rêvait de « retrouver le Tour 1971 ». Le manager général de la Française des Jeux a été servi ! Relégué à plus de huit minutes du maillot jaune (8’08) dans la matinée, l’Américain était revenu à 30’’ de Pereiro dans la soirée. Inspiré par le décor magique des Saisies, de la Colombière et de Joux-Plane. « On aurait dit un aigle qui prenait son envol », lâche même Carlos Sastre (4e à Paris). « Nous étions tombés sur un Landis de légende », confirme son directeur sportif, Alain Gallopin. Depuis un peu moins d’un demi-siècle, personne n’avait récupéré autant de temps à ses principaux adversaires. En 1958, Charly Gaul avait pris 12 minutes à Raphaël Geminiani dans le massif de la Chartreuse. Le maillot jaune avait changé d’épaules à 11 reprises. Comme en 2006.

« C’est vrai que j’ai alors fonctionné à l’émotion », rappelle le successeur d’Armstrong au palmarès d’un Tour. «  D’habitude, les choses sont calculées, logiques. Mais ce retard important m’avait mis très en colère. J’étais en rage pendant toute l’étape. Je n’avais plus rien à perdre. J’étais guidé par la motivation d’accomplir un grand exploit. Et la perspective de retourner la situation, de gagner cette course a décuplé mes forces. » Des défaillances, des retours inimaginables, des coups de théâtre retentissants comme celui qui précéda les premiers tours de manivelles, trois semaines plus tôt dans la touffeur alsacienne… La résurgence d’un certain romantisme qu’on croyait définitivement balayé devant les enjeux. On peut toujours se demander ce qu’aurait donné cette Grande Boucle avec Basso, Ullrich, Vinokourov (par ricochet) et Mancebo au départ. Le poids de leurs équipes sur la course aurait sans doute été nettement plus perceptible. On se réjouira des grandes décisions prises au regard de la gravité des éléments dégagés par les premières conclusions de « l’Opération Puerto ».

Mais il est encore trop tôt pour parler de Tour du renouveau. Un Américain, ancien équipier d’Armstrong, est encore monté sur la plus haute marche du podium. La moyenne générale de l’épreuve (40,784 km/h) est la troisième de l’histoire. Jean-Marie Leblanc, lui, quitte l’épreuve en laissant le message d’espoir qui l’a toujours guidé, même en traversant les heures les plus sombres : « Landis a été conseillé par un jeune directeur sportif (John Lelangue) moderne, doté d’une solide formation internationale, à la vision plus élargie que ses contemporains mais qui éprouve le plus grand respect pour le cyclisme moderne. » Victorieux du Tour au moment où son père (Robert), chauffeur du Nordiste et ancien mentor de Merckx, prend également sa retraite, Lelangue devra aussi supporter le poids de ses nouvelles responsabilités devant l’avenir de son sport.

Frédéric RETSIN
Photo AFP

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