La Voix des Sports - 23/07/2007 |
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Plateau DE BEILLE (envoyé spécial). – La lente décantation de ce Tour, qui avait pris corps vendredi avec l’élimination de Christophe Moreau dans le coup de bordure fomenté par les équipiers de Vinokourov, du côté d’Arles, s’est confirmée ce week-end à l’issue du contre-la-montre d’Albi, puis dans l’éreintante montée vers le plateau de Beille, auparavant assaisonnée du difficile et inédit Port de Pailhes où le Kazakh a finalement explosé tout le bénéfice de son succès acquis la veille.
Hier, l’entrée dans les Pyrénées a posé quelques vérités : Michael Rasmussen et Alberto Contador ont pris le balai, soulevé quelques poussières et essuyé les carreaux. À 50 km de l’arrivée, « Vino » a dit au revoir au jaune. Pas de maillot, il ne conservera que les lunettes de la même couleur. Ce matin, il pointe à la 30e place du classement général à 34’12.
La suite fut une succession de manoeuvre aux intérêts convergents de la part des Rabobank (l’équipe de Rasmussen) et des Discovery (celle de Contador).
Jusqu’aux Cabannes, au pied des seize kilomètres d’ascension vers Beille, les équipiers (Hincapie, Popovytch, Menchov) se sont occupés de ranger les meubles avant le ménage final. On allait voir ce qu’on allait voir. Et on a vu !
C’est à huit bornes du sommet que s’est déclenchée la bagarre entre les principaux favoris. Avec une indication intéressante : la collusion des vrais grimpeurs (Rasmussen, Contador et Soler finalement trop court) contre le reste du peloton. Stratégie payante puisque le maillot jaune et son nouveau dauphin sont parvenus ensemble à l’arrivée. Non sans quelques interférences sur la façon de régler la note du ménage : « On a discuté pour prendre le maximum de temps sur nos adversaires », a commenté le Danois à l’arrivée. « Le maillot jaune confortait sa position, il pouvait me laisser l’étape mais il a démarré sous la flamme rouge », a répondu l’Espagnol finalement vainqueur à Beille. Tout Rasmussen est résumé. Au final, Leipheimer débourse 40’’, Sastre 53’’, Klöden et Evans 1’52, Colom et Kashechkin 2’23. Voilà le Tour bien arrangé.
Car en dépit de sa démonstration, le Danois n’en finit pas d’alimenter la suspicion. Hier, ses jambes de poulet et l’impression que ce Tour appartient peut-être aux grimpeurs pour la première fois depuis la victoire de Marco Pantani (1998) – dont il cultive le look jusqu’au crâne rasé et à la barbichette – ne suscitent pas de fascination. Pas d’inscription à sa gloire sur la route, une vie marginale entre l’Europe et le Mexique, un isolement jusque dans sa propre équipe qui fait pourtant le boulot (ce n’est pas son moindre mérite) et cette faculté d’arriver chaque année ou presque de nulle part entament la part d’enthousiasme.
Quelques heures après l’arrivée, un confrère italien nous glissait son sentiment : « Marco exerçait un vrai pouvoir d’attraction parce qu’il savait attaquer. Rasmussen n’est pas du même moule. En trois ans, il s’est suffisamment amélioré pour finir à la 11e place du premier contre-la-montre. Ce que Pantani n’a jamais su faire. Il me fait plutôt penser à la progression de Riis. S’il devait gagner, ce serait encore un coup très dur pour le Tour. » C’est à peu près ce que tout le monde pense…












