La Voix du Nord - 29/07/2007 |
![]() |
Le Tour de la reconstruction mort-né (on n’ose plus employer d’autre terme par peur du ridicule) rallie les Champs-Élysées cet après-midi. Comme une carriole fumante, la carrosserie sérieusement bosselée. Il arrive aussi fort d’un soutien populaire spectaculairement exprimé sur le bord des routes depuis que Vinokourov et Rasmussen sont partis par la petite porte. Aujourd’hui, Alberto Contador recevra le dernier maillot jaune d’une 94e édition qui restera dans l’histoire comme la plus chahutée depuis l’affaire Festina. Et c’est bien ce que l’on retiendra au-delà du nom du vainqueur.PHOTOS AFP
À la tête de la grosse machine, Patrice Clerc prend des accents gaulliens pour défendre l’équité et l’intérêt de la vitrine qui assure l’opulence d’Amaury Sport Organisation (ASO). Le Tour outragé, le Tour humilié, le Tour martyrisé… C’est bien ce qu’on entend depuis que les zones d’ombre se sont effacées pour découvrir la réalité derrière l’accumulation d’exploits incompréhensibles du poulet danois. Son éviction finalement décidée par Rabobank, à l’issue d’un ultime mensonge sur son programme d’entraînement, fut alors considérée comme « la meilleure nouvelle après plusieurs jours pénibles », selon Christian Prudhomme. Là-dessus, on est bien d’accord avec lui.
Clerc dresse la liste des responsables d’une Grande Boucle gâchée : les coureurs d’abord, les médecins ensuite, l’UCI enfin. Le patron d’ASO réserve la plupart de ses flèches à la fédération internationale coupable de complicité par son silence autour du cas Rasmussen. Il demande la démission de son président. Il l’a menacé aussi, en termes à peine voilés, de poursuivre son chemin sans elle : « Nous ne voulons plus être dépendants du système et de sa faillite. » Bafoué, le Tour annonce déjà ses propres critères de sélection pour 2008 : « L’accès à nos épreuves sera fondé sur des critères sportifs, mais avant tout sur un préalable éthique. Nous ne recommencerons plus dans ces conditions, nous ne ferons plus confiance à des gens qui ne le méritent pas », annonçait-il fièrement jeudi matin. Du déjà entendu après le choc de l’opération Puerto.
Si le Tour se dresse aujourd’hui comme le gendarme de l’éthique, il se trouve aussi confronté à ses propres contradictions. Car il en existe. Clerc lance comme un autre défi à l’UCI : « Le Tour ne fait pas partie du Pro Tour. » Ça fait deux ans qu’il le dit. Dans ce cas, pourquoi inviter les équipes qui ont obtenu la précieuse licence dans toutes ses épreuves ? Pourquoi avoir aussi accordé une wildcard à Astana ?
Qu’on se rassure, le Tour ne va pas mourir : « Nous nous sommes réunis avec nos partenaires, ils sont derrière nous », clame encore Clerc. La belle affaire ! Aujourd’hui, ce n’est pas pour lui que la situation du vélo nous inquiète. C’est plutôt pour les organisateurs des Quatre Jours de Dunkerque, privés de retransmission télévisée cette année, pour ceux de Lillers, d’Isbergues, de Denain, de Fourmies, du circuit de Lorraine, du Tour méditerranéen ou de l’Étoile de Bessèges que nous le sommes. C’est aussi pour tous les bénévoles de Cambrai, Neuville-Saint-Rémy, de Roncq, de Lys-lez-Lannoy, de Grande-Synthe ou de Lens que nous nous interrogeons. Allez leur parler de la lutte entre ASO et l’UCI ! Eux, ils sont en première ligne pour ressentir les secousses du séisme général. Ils crient leur désarroi depuis trop longtemps. Et il n’y a déjà plus grand-monde pour les entendre.














