La Voix du Nord - 15/07/2008 |
![]() |
Hautacam a livré son verdict. L’Australien, huitième d’une étape qu’il n’a pas complètement maîtrisée, a pris la tête du classement général avec une seconde d’avance sur Frank Schleck qui a animé le final.PHOTOS EPA ET AFP
À la sortie du dernier Giro, Ricardo Ricco avait balancé sec sur ses équipiers, responsables selon lui de sa deuxième place derrière Contador et son invincible armada. En gros, l’Italien s’était épanché sur cette « équipe de m… », des guimauves incapables de propulser correctement le gaz dans la tuyauterie pour allumer tout le peloton.
Dimanche soir, à la sortie d’une étape rondement menée et conclue par un deuxième succès personnel à Bagnères-de-Bigorre, le bondissant Transalpin s’était encore fendu de ses quatre vérités : « Demain, Piepoli va gagner à Hautacam. »
Ainsi parle Zarathoustra. Son compatriote s’est exécuté. Mauro Gianetti, directeur sportif de Saunier-Duval, et reconnu d’autorité comme le meilleur dépanneur de chaudières de la planète, jubile. C’est un contact à garder précieusement pour l’hiver.
Comme on pouvait s’y attendre, cette dixième étape a singulièrement modifié le classement général. La faute à cette équipe CSC qui s’est mise à visser à quatre bornes du sommet du Tourmalet, puis à l’un de ses hommes de base, Frank Schleck qui s’est agité dans les premiers lacets d’Hautacam en condamnant du même coup son frère Andy (le Schleck en blanc) et le coup d’éclat de Di Gregorio qui se voyait déjà refaire « le coup du 14 Juillet » avec bal musette, feu d’artifice, défilé de louanges le doigt sur la couture du pantalon.
Donc, pour résumer la situation, Frank Schleck avait filé le train devant avec Piepoli et une autre pièce de ces fameuses chaudières jaunes, un nommé Cobo, qui, selon la tendance générale dans la compagnie, « aurait pu prendre la cinquième place du Tour 2007 s’il n’avait pas explosé au sommet du plateau de Beille ». Coup de chance : même à vingt-sept ans, la garantie marche encore. Depuis hier, l’homme de la situation – dans les quinze premiers des deux « chronos » l’an passé – occupe la huitième place d’un classement (à 2’10’’ du nouveau Maillot jaune Cadel Evans) dans lequel on trouve aussi les étonnants Vande Velde (troisième à trente-huit secondes), un ancien équipier d’Armstrong, et Kohl (quatrième à quarante-six secondes).
Ricco, qui a contrôlé derrière (à 2’17’’), en charriant un peu Evans, Sastre et Menchov, s’est replacé : neuvième du général à 2’29’’. La petite peste assure toujours ne pas viser la victoire finale mais tout le monde a pointé le doigt sous l’oeil en lorgnant vers les Alpes.
Kirchen, Valverde et Cunego battus
Dans cette agitation alimentée par le recul de Kirchen, il a fallu sortir la machine à calculer pour désigner le nouveau leader. À l’arrivée, Evans endosse le maillot jaune pour une toute petite seconde d’avance sur Frank Schleck après avoir failli quitter le barnum la veille sur une mauvaise chute. Ses premiers mots sont déjà une exigence : « Surtout ne me touchez pas l’épaule ! »
Le Tour ne guérit plus les écrouelles. Très ému, l’Australien est ensuite revenu sur « la peur de (ma) vie » ressentie la veille, puis sur tous ces kangourous qui l’ont encouragé tout au long de la route. Des marsupiaux, des vieux rats de laboratoire, l’ours des Pyrénées… Ce Tour est un vrai zoo.
Principales victimes de la journée, Cunego (dix-huitième de l’étape à 5’51’’) et Valverde (dix-neuvième à 5’52’’) se demandent pendant ce temps : « Pourquoi les cols sont plus durs ici qu’ailleurs ? »













