La Voix du Nord - 16/07/2008 |
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On l’attend sur le vélo, mais c’est en coulisses que le nouveau Maillot jaune s’est lâché. La petite seconde d’avance sur Frank Schleck ne semble pas le perturber. Comme tous les favoris, c’est sur les pentes de l’Alpe-d’Huez qu’il a fixé le terrain de la prochaine grande bataille pour la victoire dans le Tour. Aujourd’hui, il ne faudra pourtant pas manquer la sortie des Pyrénées.PHOTO « L’EST RÉPUBLICAIN »
Hier, c’était repos à Pau. Le Tour s’est posé sur son coussin moelleux en prenant la précaution de vérifier qu’aucune aiguille ne vienne irriter son imposant fessier. Sur sa chaise longue, il a aussi fait ses comptes : un suspense intact à la sortie des Pyrénées (sept coureurs se tiennent en moins de deux minutes) et une avoine pour un vieux cheval sur le retour (Beltran) suffisent à son bonheur. On l’entend bruyamment ronronner de plaisir.
Ce matin, une seconde seulement sépare le nouveau Maillot jaune de son dauphin. Sûr qu’on va en entendre parler pendant toute la journée ! D’autant que la trilogie pyrénéenne va s’achever par les ascensions du col de Larrieu (troisième catégorie), du col du Portel (première catégorie) et de celui Del Bouich (troisième catégorie) placé à vingt-deux kilomètres de Foix où sera jugée l’arrivée de cette onzième étape. Sur cette dernière difficulté, la légende locale s’épanche sur la fourberie de ses brutaux « coups de bambou ». Elle prétend aussi qu’on en sort souvent de travers. Ce qui reste à vérifier.
Derrière les deux cadors au sommet du classement général, Vande Velde, Kohl et Menchov pointent respectivement à trente-huit, quarante-six et cinquante-sept secondes. C’est peu et beaucoup à la fois.
Au lendemain du 14 Juillet, Evans a reçu pour sa garden-party. Ça sentait le méchoui d’Anquetil sans le pinard et les côtes de mouton. En fait, l’Australien est venu vendre la soupe. Remarquez qu’il a pris le soin de soigner son entrée : musique de Midnight Oil « à fond la caisse », hôtesse avec parapluie comme en Formule 1 (c’est vrai que des fois on s’y croirait), peluche du Crédit Lyonnais avec le maillot jaune dessus. Cadel le serre très fort contre lui depuis deux jours. Il a une bonne raison : « Ça fait longtemps que je n’ai pas vu ma femme ».
La femme de Cadel serait donc une tigresse. Ricco (neuvième à 2’29’’ et grand dynamiteur de la montagne), qui se sait inimitable, n’apprécie pas et à déjà envoyé sa façon de penser à l’Australien depuis une semaine : « Cet Evans, il s’y voit déjà ». Sous entendu : il va voir à l’Alpe-d’Huez !
Fausse joie
Un qui s’y est vu, c’est Frank Schleck. Dans la matinée, le Luxembourgeois est revenu sur les instants qui ont suivi son arrivée au sommet de Hautacam et sur l’insoutenable décompte pour le maillot jaune. Dans sa jeunesse, il avait pleuré lorsque Laurent Fignon, son idole, s’était ramassé pour huit secondes au bout des Champs-Élysées face à Greg LeMond. « Sur le coup, les larmes me sont montées aux yeux », racontait-il d’une voix posée. « Une seconde, c’est quoi ? Le temps d’un battement de paupières. »
Derrière, son père Jonnhy, un ancien équipier de Luis Ocana et de Jean-Marie Leblanc dans les années soixante-dix, évoquait la fausse joie que lui avait procuré Raymond Poulidor. Ce dernier lui avait d’abord assuré que son fils prenait bien la tête du général. Mais « Poupou » a toujours eu un problème avec le maillot jaune.













