La Voix du Nord - 20/07/2008 |
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Le peloton n’est pas encore entré dans le vif du sujet. Cela va changer dans les heures qui viennent. Hier, c’est un sprinteur qui s’est imposé à Dignes-les-Bains. On ne dira pas que cette étape avalée à plus de 46 km/h (vent de dos) a dégagé de la retenue. Mais les principaux favoris ont logiquement convenu d’un autre terrain. Tout semble indiquer qu’il faudra patienter jusqu’à mercredi et l’arrivée au sommet de l’Alpe-d’Huez pour voir basculer le Tour.À DIGNE-LES-BAINS, PAR FRÉDÉRIC RETSIN
sports@lavoixdunord.fr
PHOTOS EPA
Les vacances de Monsieur Evans sont terminées. Celles des quatre rescapés de l’équipe Barloworld (Augustyn, Cheula, Froome et Hunter) le seront à la fin de la semaine prochaine. La formation sud-africaine, touchée par les rebondissements du cas Duenas (positif à l’EPO et pris avec du matériel de transfusion dans ses affaires personnelles), a annoncé qu’elle se retirera du cyclisme après l’arrivée à Paris. Le temps où les affaires maintenaient quand même le taux de notoriété semble loin.
Le Tour a marqué son entrée dans les Alpes presque sans s’en rendre compte. Tôt ce matin, l’Australien a bouclé sa valise. Il a rangé tous ses maillots sauf un qu’il portera pendant le trajet. Il a aussi plié ses cuissards et trouvé une place pour son doudou préféré, un drôle de petit lion auquel il tient, qu’il affuble d’un ustensile différent à chaque fois qu’il le retrouve (hier, c’était une grosse paire de lunettes de soleil) et qu’il embrasse tous les soirs avant de s’endormir.
Depuis une semaine, Cadel voyage en chaise à porteurs, le brin de lavande entre les doigts. Maillot jaune le lundi, Maillot jaune ce matin. Une seconde d’avance qu’il n’a jamais dépensée. Un sou, c’est un sou. Aujourd’hui, c’est lui qui prend le volant.
Au départ, il a choisi consciencieusement ses valets : grosses cuisses, gros biscotos, trois poumons. Deux bons et rustres Flamands (Van Summeren et Hoste) pour tailler la route en plaine, un compatriote (McEwen) pour lire la carte et faire le tri entre le bon grain et l’ivraie. Brandt et quelques autres vont prendre le relais maintenant que la haute montagne se profile.
Mais personne ne semble vraiment assuré du résultat. Il faut encore convaincre ce planqué de Popovytch, un ancien lieutenant chargé de tailler brutalement la route pour Armstrong et Contador, qui éprouve encore des difficultés à retrouver son niveau passé.
Mais Cadel se veut encore bon prince : « Popo s’en rapproche chaque jour », estime-t-il. « Son travail va commencer, il devait garder toute son énergie pour arriver le plus frais possible dans la dernière semaine. » Sous-entendu : « Il ne va pas me lâcher maintenant. » La halte de cet après-midi sent bon le Giro, ses pièges et ses collusions. Le col d’Agnel est encore placé trop loin de l’arrivée.
Le Maillot jaune a fait ses comptes : Sastre, F. Schleck, Vandevelde, Kohl, Menchov sont presque aussi isolés que lui. Il a déjà dit que la montée vers Prato Nevoso (11,4 km à 6,9 %) ne provoquerait pas d’écarts gigantesques. Il peut aussi s’estimer heureux d’être débarrassé de ce poison de Ricco qui ne sera pas dans les Alpes pour lui pourrir la vie comme l’autre poulet (Rasmussen) en 2007. « Le départ de son équipe va changer la donne », plaide son directeur sportif Luca Damiani.
« La course sera moins folle. Regardez, l’autre jour à Hautacam, Piepoli et Cobo ont emmené Frank Schleck jusqu’à Hautacam. Et c’est le Luxembourgeois qui est à une seconde. » On a compris que sans les Saunier-Duval, la marge serait tout de même plus confortable pour son leader qui semble plutôt éprouver une fixation sur Menchov et ses gros camions orange. L’ours russe, qui compte autant ses mots que ses coups de pédale, a pris la cinquième place du dernier Giro presque sans y toucher. C’est pour ça que Cadel ne va pas le lâcher du coin de l’oeil.













