La Voix des Sports - 21/07/2008 |
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Prato NEVOSO (envoyé spécial). – Le 19 juillet 1998, Laurent Desbiens prend le maillot jaune à Montauban. Dix ans, jour pour jour et dans le contexte délicat de l’affaire Festina. Le dernier Nordiste qui a endossé la précieuse tunique reste toujours dans la course.
Il raconte comment le Tour peut transformer un destin.
Il se souvient de tout. De la chaleur infernale (presque quarante degrés) qui se dégageait dès le départ de Brive-la-Gaillarde. Des équipiers d’Ullrich hypervitaminés qui avaient embrayé dès le départ. Du goudron fondu sur la route. De l’échappée d’une dizaine de coureurs dont Frédéric Guesdon, lauréat de Paris-Roubaix un an plus tôt mais condamné au renoncement par la faute d’une insolation.
Laurent Desbiens se souvient aussi des calculs pour le classement général. Andrea Tafi n’était qu’à une poignée de secondes. L’Italien l’avait attaqué jusqu’au dernier kilomètre, le Hellemmois revenait à chaque fois mais c’est Jacky Durand qui a enlevé la septième étape. « Le lendemain, Tafi a remis ça presque dès le départ », rapporte le Nordiste qui a finalement gardé le maillot pendant deux jours, reçu les félicitations de Jean-Marie Leblanc et est entré dans un autre monde.
« Ce truc-là, ça te tombe dessus et on se demande ce qui arrive », raconte-t-il en préparant sa moto (le ravitaillement en boissons derrière les échappés, c’est lui !) pour une nouvelle étape caniculaire. À l’époque, le garçon n’était pas un grand bavard.
Difficile de plonger dans ses sentiments. « J’ai mûri tardivement, murmure-t-il. J’ai répondu aux sollicitations comme dans un tourbillon. C’était un choc. J’étais un Français et tout s’est déchaîné. C’était pourtant ma septième saison professionnelle, j’avais gagné une étape du Tour un an plus tôt (à Perpignan), j’avais remporté aussi une quinzaine d’autres victoires. Mais je n’arrivais pas à extérioriser. Aujourd’hui, c’est sûr que je le vivrais différemment. Le Tour, c’est tellement énorme. Tellement médiatisé ! Quand t’as le maillot jaune, il faut faire l’acteur ! Je l’ai compris trop tard. »
Attendre Julich…
Desbiens tient donc jusqu’à Luchon, à l’entrée des Pyrénées. En se battant, mais en se sacrifiant surtout pour Bobby Julich, l’un des leaders de l’équipe Cofidis à l’époque. Dans la voiture, ses dirigeants lui font comprendre qu’il doit attendre l’Américain en difficulté après une crevaison au plus fort de la bagarre. « C’est mon seul regret sur ce Tour. Je n’ai pas pu m’accrocher et défendre ce maillot comme il l’aurait mérité.
» Plutôt dubitatif sur l’évolution de l’épreuve et sur ses dérives (« C’est difficile de s’exprimer, on croyait que le ménage serait fait après 1998 justement »), le Hellemmois préfère garder un lien distant avec les coureurs. « Ils ont leur univers, j’ai le mien du côté de l’organisation. » Aujourd’hui, ses maillots jaunes (le leader du classement général reçoit toujours plusieurs exemplaires) sont un peu dispersés. On en trouve chez lui, chez sa marraine, au club-house du VC Roubaix et même à la gendarmerie de Baisieux…













