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La Voix des Sports - 21/07/2008
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Pas de patron, mais du suspense
La quinzième étape

 L’Australien Cadel Evans a perdu son maillot jaune hier en Italie mais pas ses ambitions sur ce Tour. Prato NEVOSO (envoyé spécial). – Si ce n’est quelques messages perdus à la gloire de Riccardo Ricco et de Marco Pantani, l’Italie a réservé un accueil merveilleusement enthousiaste au Tour de France. En basculant vers l’autre versant du col d’Agnel, une descente étroite et vertigineuse fatale à Oscar Pereiro fauché dans une chute spectaculaire six mètres en contrebas entre deux virages serrés, c’est tout le Piémont qui avait sorti ses mammas et ce qu’il lui restait de tissu jaune pour accompagner le peloton vers les 11 km d’ascension régulière pour clôturer cette quinzième étape.


Hier, dans une sorte de curieux paradoxe auquel le Tour nous a parfois habitués, c’est un solide rouleur qui a eu l’occasion de tutoyer les cimes. Simon Gerrans (Crédit-Agricole), un Australien échappé du bush, ne représentait pas une menace particulière pour les favoris. Il est parti après seulement douze bornes en compagnie de Martinez (Euskaltel), Pate (Garmin) et Arrieta (AG2R).

On ne l’a revu qu’à l’arrivée. Faut dire qu’avec ses 1 h 06’53’’ de retard au départ d’Embrun, il lui fallait au moins rejoindre la caravane publicitaire pour contrarier leurs plans. C’est une indication rassurante : le peloton n’avance pas encore à la vitesse de la lumière.


Plutôt qu’une lente décantation, c’est une sorte de redistribution des cartes qui se dégage ce matin à la lecture du classement général au moment où le Tour bénéficiera de sa deuxième journée de repos.

Que constate-t-on ? Cadel Evans a d’abord perdu son maillot jaune et le petit lion qui va avec. L’Australien doit être triste. Il n’a vraiment cédé du terrain qu’à deux kilomètres et demi du sommet sous les accélérations des CSC pour limiter la casse (47 secondes de retard sur Kohl et Sastre, 27 sur Menchov, 9 sur Frank Schleck).

Il rétrograde à la troisième place du général (à 8 secondes du Luxembourgeois) et on a bien compris son état d’esprit pour la suite des événements résumé par l’un de ses directeurs sportifs (et confident) Roberto Damiani : «  S’il continue comme ça et qu’il court à son niveau dans le contre-la-montre – 53 km samedi entre Cérilly et Saint-Amand-Monrond – ça devrait bien se passer. » Tout est presque dit. Evans mise sur le chrono.

Que trouve-t-on ensuite ? Un Schleck lucide entouré de « l’équipe la plus homogène » et nouveau leader de la course. Puis, un Autrichien de Vienne (Kohl), 31e du classement général l’an passé pour sa première participation, révélé un an plus tôt dans le Dauphiné-Libéré (3e) et libéré au point d’évoluer à un niveau étonnant lorsque la route s’élève. Attention, on remarque tout de même que cela devient une habitude chez lui.

L’an passé, il avait tiré le bilan de son Tour en s’estimant « flingué » par Rasmussen lorsqu’il avait tenté de suivre le Danois dans les Alpes. Derrière, Menchov (4e du général à 38’’) était sans doute le plus fort à la mi-pente jusqu’à ce que son accélération ne l’envoie valdinguer par terre sous l’effet d’une glissade par la roue avant.


Il est dit que ce Tour ne doit pas être celui des attaquants. Reste enfin ce phénomène de Vandevelde, un ancien lieutenant d’Armstrong qui a retenu pas mal de choses de son passage dans la maison même s’il se défend d’y avoir connu le bonheur, et Sastre dont on dit qu’il n’est jamais aussi fort que dans la dernière semaine.


Dernière précision : toute cette belle brochette de durs à cuire se tient en moins de cinquante secondes. C’est une façon de dire que le Tour ne va pas si mal que ça…

Frédéric RETSIN
Photo AFP

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