La Voix du Nord - 27/07/2008 |
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C’est presque sans suspense que Carlos Sastre a pu préserver son avantage dans le dernier contre-la-montre tracé entre Cérilly et Saint-Amand-Montrond (53 km). Usé par les attaques des équipiers du Maillot jaune dans les Alpes, Cadel Evans laisse échapper le Tour pour la deuxième fois consécutive.PHOTOS EPA ET AFP
Carlos Sastre n’a plus que quelques mètres à accomplir vers la ligne tracée devant le palais de l’Or où s’achève la vingtième étape. Depuis un moment, l’Espagnol sait qu’il a gagné, qu’il deviendra le septième coureur espagnol – le troisième consécutivement depuis la retraite d’Armstrong – à gagner le Tour de France. Lui, le taiseux, le laborieux, le pudique, l’ancienne bonne à tout faire de Jalabert, Beloki (et alors sous la tutelle de Manolo Saiz…), Basso et quelques autres, reconnu pour sa timidité et sa discrétion, s’est laissé submerger par l’émotion : un signe de croix, puis un geste, le doigt pointé vers le ciel et son beau-frère José-Maria Jimenez, grimpeur fou et génial, lauréat de neuf étapes sur le Tour d’Espagne, décédé d’une crise cardiaque le 6 décembre 2003 après une longue période de dépression. « À mes débuts, nous avons tout partagé ensemble », dira le Maillot jaune. « Il est mort, je suis toujours sur ces routes. Nous avions les mêmes aspirations. J’ai gagné pour lui et il était avec moi. » Hier, c’est l’air presque gêné par le déferlement de louanges et d’honneurs qu’il est venu donner son sentiment sur la plus belle victoire de sa carrière.
Il lui aura donc suffi d’être légèrement au-dessus de son niveau habituel, et à Cadel Evans (7e à 2’05’’ derrière la locomotive Schumacher qui est allé quérir sa deuxième victoire dans l’exercice après celle obtenue à Cholet) de courir largement au-dessous du sien, pour que le sort de ce dernier contre-la-montre, et du quatre-vingt-quinzième Tour de France, penche définitivement en faveur de l’Espagnol qui n’a pas éprouvé trop de difficultés à conserver son avantage. En prenant la douzième place de la vingtième étape, Sastre n’a pas crevé les plafonds de ses marques personnelles. Tout juste s’est-il borné à appliquer le gros travail effectué cette année dans cet exercice.
Pas une surprise
Pendant l’hiver, il avait modifié sa position dans la recherche du meilleur effet aérodynamique. Il s’était aussi adjoint les services d’un ingénieur de l’équipe Ferrari. Plus tard, il avait aussi tenu à participer en dernière minute au championnat d’Espagne du contre-la-montre (12e) pour mesurer sa progression. Hier, ses temps de passage par rapport à Evans (8’’ de retard au km 18 ; 23’’ au km 36 ; 29’’ à l’arrivée) ont rapidement chassé les doutes. « Chez lui, il ne se passait jamais une semaine sans qu’il monte au moins un jour sur son vélo de “chrono” », a confié l’un de ses mécaniciens. « On a vite senti qu’il s’était tourné à cent pour cent vers le Tour », ajoute Andy Schleck (douzième du général) qui a finalement sauvé son maillot blanc.
L’accession de ce monstre de régularité sur la « Grande Boucle » (10e en 2002, 9e en 2003, 8e en 2004, 4e en 2006 et 2007) comme sur le Tour d’Espagne (8e en 2000, 6e en 2004, 3e en 2005, 4e en 2006, 2e en 2007) n’est pas franchement une surprise. D’autant qu’il fut considérablement aidé par l’équipe la plus puissante de la course. Celle-ci n’a pas eu de retenue à user physiquement Evans dans les Alpes pour permettre à l’Espagnol de sortir le grand jeu sur la rampe de l’Alpe-d’Huez où son avance s’est révélée suffisante pour empêcher le retour de l’Australien, empêtré dans la faiblesse collective de son équipe. Comme l’an passé, Evans termine à la deuxième place du classement général. Il n’a pas fini de ruminer sur cette occasion unique de remporter le Tour.
DIGEST. – Carlos Sastre Candil est né le 22 avril 1975 à Madrid.
Professionnel depuis 1997.
– Équipes : ONCE (1999-2001), CSC (depuis 2002).
– Victoires : 1 ét. du Tour de Burgos (2001), 3 ét. du Tour de France (2003 à Ax-3 Domaines, 2006 à Morzine après le déclassement de Landis convaincu de dopage à la testostérone, 2008 à l’Alpe-d’Huez), Klasica Primavera (2006).













