La Voix des Sports - 28/07/2008 |
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Paris (envoyé spécial). – Le Tour a donc consacré Carlos Sastre. Le septième coureur espagnol à ramener le maillot jaune dans son pays. Le troisième en trois ans depuis 2006. Il a aussi couronné un garçon introverti qui s’est mis le plus souvent au service des autres avant d’obtenir quelques responsabilités lorsque Ivan Basso se retrouva dans l’obligation de payer les pots cassés de l’affaire Puerto.
Jusque-là, l’Ibère avait du talent, mais on supputait encore sur ses capacités à endosser les charges d’un leader. Dans les grands Tours (France et Espagne), il a souvent fini parmi les dix premiers du classement général. En 2006, il avait même réussi à boucler le Giro, la Grande Boucle et la Vuelta.
Sastre a remporté quelques étapes (à Ax-3 Domaines, à Morzine après le déclassement de Landis convaincu de dopage à la testostérone, à l’Alpe d’Huez). Il a souvent comblé ses dirigeants par son professionnalisme, son sérieux, sa régularité et ses performances n’ont jamais enflammé les conversations à l’égal d’un Contador ou d’un Valverde, cités au début des développements de Puerto.
Il faut pourtant croire que le Tour est une loupe dans laquelle l’éclat du soleil peut brûler les ailes. On résume ici le sentiment général : Sastre a une bonne bouille, une réputation honorable dans son pays qui lui assure le surnom de « Monsieur Propre ». Il tient aussi quelques liens plus troublants avec Manolo Saiz qui l’a couvert à ses débuts, puis avec cette équipe CSC managée par Bjarne Riis (Monsieur 60 % en référence à son taux hématocrite), sans doute plus présentable aux yeux d’ASO que certains de ses collègues renvoyés un peu trop prestement à leur indignité.
Tout ceci doit-il occulter le numéro réussi par l’Espagnol sur la rampe de l’Alpe d’Huez ? Pas complètement. Aujourd’hui, le verdict nous oblige à reconnaître qu’il fut le seul à oser un mouvement offensif d’envergure. Ce qui a fait basculer le Tour, bloqué dans une stratégie parfois consternante.
Mais le spectacle des bouts droits tirés par ses équipiers jusqu’au milieu des pentes décisives nous a parfois ramenés à quelques interrogations. Riis, lui, nous renvoie au lourd programme antidopage interne dont personne n’a jamais obtenu les résultats. Et il y a eu, enfin, cette apologie de Saiz menée samedi par le maillot jaune, quelques minutes seulement après la confirmation de son succès.
Remarquait-il alors les sourires en coin au moment d’évoquer le génie de son mentor des premières heures « qui avait dix ans d’avance sur tout le monde » (lire par ailleurs) ? Percevait-il la portée de ses mots lorsqu’une question – finalement pas si anodine – le porta sur la réussite du sport espagnol dans son ensemble (Contador au Giro, Nadal à Roland-Garros et à Wimbledon, Euro) ? Tant qu’à faire, il aurait pu envoyer promener tout le monde en demandant aussi l’inspection du moteur de la voiture d’Alonso. Mais Sastre a eu cette réponse confondante : « Chez nous, on prend le temps de former une base solide. Après, on peut travailler pour devenir les meilleurs du monde . » Ça pourra toujours convaincre ceux qui y croient… Entamé dans la crainte des réminiscences de 2007, ce Tour s’était placé sous l’autorité de l’Agence française de lutte contre le dopage puisque l’UCI lui avait refusé l’accès aux données du passeport sanguin. L’AFLD a d’abord levé trois lièvres tous confondus à l’EPO : Beltran (contrôlé à Plumelec), Duenas, Ricco (tous les deux à Cholet) ; dont la faute entraîna le retrait de toute l’équipe Saunier-Duval.
Hier, c’est Fofonov (Crédit-Agricole) qui a été pris avec un stimulant après l’étape de Saint-Etienne. Le Kazakh a expliqué à son manager avoir utilisé ce produit contre des crampes acheté sur internet. Tout le monde se félicite de la politique de ciblage menée par l’AFLD. Il sera bientôt temps de tirer le bilan. En sachant que cette année, le cas Ricco nous a au moins appris à nous méfier de l’effet retardant.













