La Voix du Nord - 29/07/2008 |
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BILAN
Carlos Sastre n’a jamais connu de soucis avec le dopage, mais l’Espagnol a croisé deux dirigeants à la réputation gênante dans sa carrière
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Carlos Sastre n’a jamais connu de soucis avec le dopage, mais l’Espagnol a croisé deux dirigeants à la réputation gênante dans sa carrière
Ce quatre-vingt-quinzième Tour de France a consacré Carlos Sastre, un garçon timide, réservé, introverti et soucieux de lever le doigt pour demander le droit d’attaquer. Comme quoi, il faut se méfier des apparences. Cette édition, présentée comme « celle de la bascule » par Christian Prudhomme suscite encore quelques réserves.PHOTOS AFP
Ce Tour est-il crédible ? – C’est l’histoire qui le dira. Si on a basculé, c’est plutôt vers un autre processus de contrôles.
L’Agence française de lutte contre le dopage (AFLD) s’est attachée à un ciblage particulier. En fonction des résultats, mais aussi – il faut bien le dire – à la tête du client. Sans citer de nom, le manageur d’AG2R Vincent Lavenu parle de coureurs « contrôlés à treize ou quatorze reprises ». C’est un secret de polichinelle, Ricco et Frank Schleck ont obtenu un franc succès auprès des agents de l’AFLD qui ont donc relevé quatre cas positifs (en attendant les derniers résultats) : Beltran, Duenas, Fofonov et le petit grimpeur italien. Le cas de Piepoli, licencié par son équipe sans être officiellement positif reste encore une énigme. La troisième place de Bernhard Kohl, ou la puissance collective des CSC capables d’envoyer Cancellara ou Voigt régler le train en montagne comme Hincapie du temps d’Armstrong, sont autant d’interrogations. Comme les deux « perfs » de Schumacher dans les chronos. « Je ne sais pas si tout le monde est clair, s’interroge Vincent Lavenu. On ose seulement le croire. »
Sastre est-il crédible ? – Jusqu’à preuve du contraire, l’Espagnol n’a pas été contrôlé positif et n’a pas menti sur sa localisation avant le départ de Brest. Il a disputé dix-sept grands Tours nationaux et a fini régulièrement dans le « Top 10 » de la « Grande Boucle » ou de la « Vuelta ». Pour une fois, son équipe lui est complètement dévouée sur la fin. Bingo ! On pourrait s’arrêter là mais les CSC traînent quand même un certain malaise. Reste enfin la référence maladroite (« Il avait dix ans d’avance sur tout le monde ») de Sastre à son ancien manageur Manolo Saiz pris la main dans le sac à billets destiné au bon docteur Fuentes.
ASO est-elle crédible ? – En assurant parfaitement la maîtrise de son événement avec le concours des commissaires de la Fédération française et des agents de l’AFLD, la maison mère a, en quelque sorte, prouvé qu’on n’avait pas forcément besoin de l’UCI. On exagère un peu. Pas d’erreur sur le terrain. Un peu plus dans les coulisses où le discours n’a pas toujours gagné en lisibilité. Prudhomme en parlant de Riis (manageur de l’équipe CSC) : « Il a triché mais il ne faut pas toujours se retourner vers le passé. » Prudhomme en parlant de Gianetti (manageur de Saunier-Duval) : « L’histoire nous a montré qu’il n’était pas un parangon de vertu. » Quelle différence entre les deux ? Le Danois, qui avait avoué « sa plus grande honte » d’avoir gagné le Tour (1996) en ayant triché, est-il maintenant fier de ce maillot jaune conquis par intérim ?
La moyenne (40,492 km/h) est-elle crédible ? – Ce Tour, qui incluait le Massif central, les Pyrénées et les Alpes (deux étapes de moyenne montagne, cinq étapes de haute montagne, quatre arrivées au sommet) s’est achevé avec la cinquième moyenne générale de toute l’histoire.
C’est rapide pour une édition censée « casser les schémas », si l’on reprend l’expression employée par Prudhomme. Cette course a aussi été marquée par une constante faiblesse des écarts entre les principaux acteurs du classement général. Un resserrement conforté par l’absence de prologue, un premier « chrono » relativement court, la suppression des bonifications, l’option défensive et le marquage des favoris.
En se portant à l’attaque et en actant le sacrifice des frères Schleck dans l’Alpe-d’Huez, Sastre n’a eu besoin que d’un seul mouvement pour partir à la conquête de son maillot jaune. L’acte décisif qui maintient l’Espagne au sommet du cyclisme mondial.