Steve Savidan : « Mon histoire s'est écrite ici »
lundi 16.11.2009, 05:04 - La Voix des Sports
| ENTRETIEN |
Il y a un an, Steve Savidan vivait sa première et seule sélection face à l'Uruguay. Contraint de mettre un terme à sa carrière pour une anomalie cardiaque récente, l'ancien buteur vedette de VA, Ch'ti de coeur, a accepté d'être notre invité exceptionnel.
- Steve, d'abord comment allez-vous ?
« Bien, merci. Je tiens d'ailleurs à préciser que je n'ai jamais été malade. C'est mon problème, je ne peux plus exercer mon métier, alors que je ne suis pas malade. »
- Que devenez-vous ?
« Je suis rentré à Angers. Je suis entraîneur des Moustiques de l'ASGA, le club de hockey sur glace. J'y ai joué quand j'étais jeune et c'est l'équipe de mon fils, Joris. J'ai beaucoup d'amis québécois et finlandais dans le milieu. »
- Quelle est votre situation par rapport à Caen ?
« Je suis dans le rapport d'un salarié face à son employeur. Je ne peux plus jouer, je suis en invalidité professionnelle, mais j'ai un contrat avec Caen et je réclame que le club honore ses obligations. Mon problème est que je pose un cas inédit : c'est la première fois qu'on arrête un salarié avant le premier symptôme. En fait, tout aurait pu être beaucoup plus simple si j'avais eu des malaises sur le terrain, en match ou à l'entraînement... Pour l'instant, il y a litige. »
- Si l'on n'avait pas détecté votre malformation cardiaque, vous seriez toujours footballeur, peut-être même sans souci...
« C'est comme ça. En France, on est obligé de passer devant un docteur pour obtenir une licence sportive. Ça ne se passe pas comme ça partout, mais c'est sans doute mieux chez nous. Après, c'est vrai que je suis partagé. Je n'ai pas d'invalidité apparente. On me dit que je ne suis pas impotent, je n'ai pas de genou qui coince... Je pourrais encore très bien jouer. »
- Comment avez-vous réagi quand vous avez compris que c'était fini ?
« Dans ma tête, ç'a été assez radical. Une semaine pas simple. Jusqu'au vendredi, on était dans le 50 % pour, 50 % contre. Tout de suite après, on a basculé dans le 100 % contre. Je n'avais plus à hésiter. »
- Étiez-vous KO comme un boxeur sur un ring ?
« Non. Karine (sa femme) était là. J'ai dit : "Stop, on arrête". Dans la chambre de l'hôpital, en présence du médecin, je lui ai d'ailleurs tout de suite demandé : "On rentre où, à Angers ou à Valenciennes ?" »
- Et vous avez choisi Angers...
« Oui, à la grande surprise de Karine. J'avais toujours dit qu'après la carrière, je voulais revenir à Valenciennes. Elle était d'accord car elle aime cette ville comme moi, elle y a beaucoup d'amies. Mais ma réflexion incluait après la carrière et je ne savais pas qu'elle allait s'arrêter à 31 ans. Alors, on a choisi Angers pour une question d'organisation de vie et de logistique. C'était plus facile. Sur place, par exemple, il y a les grands-parents pour nos enfants. »
- Pourriez-vous tout de même revenir à Valenciennes ?
« Rien n'est exclu. Quand tu as été habitué à bouger toute ta vie... Mais ça ne sera pas une recherche de ma part. Ça se fera si ça doit se faire. Et Valenciennes est, bien sûr, un port où je reviendrai toujours. »
- Quels sont vos projets professionnels ?
« Je dois d'abord régler ma situation avec Caen. Ensuite, je vais sans doute devenir consultant télé. J'ai acheté un autre restaurant à Angers. C'est totalement différent de celui de Valenciennes (le K9). Le concert sera différent car les gens là-bas sont différents. Je vais faire une vraie brasserie du Nord... Le commerce, la restauration, ça me plaît. J'ai fait le tour, on m'a même conseillé de faire autre chose, mais non. Je ne fais pas ça à contrecoeur. Je suis vendeur et j'aime voir les gens. »
- La L1 et l'équipe de France sur le tard, avez-vous le sentiment d'avoir eu un parcours extraordinaire ?
« Pas extraordinaire, plutôt atypique. »
- Aimez-vous être un symbole ?
« Tu l'es forcément, et dans mon cas je ne pense pas que c'est parce que j'ai arrêté. J'étais proche du public avec les bons et les mauvais côtés que cela a pu avoir. En tout cas, je ne regrette pas.
Par rapport à la région du Nord, même à Angers, où je suis né, on pense que je suis Ch'ti. Raymond Domenech aussi m'identifie au Nord. Je suis fier d'être considéré comme un Ch'ti et, pour revenir à Valenciennes, ça n'a pas été simple pour moi de ne pas y retourner. Comment dire... Ici, tout était gagné.
Cela aurait été tellement simple pour moi de revenir... Mais il n'y avait rien de dangereux, je ne voulais pas ça. Et puis, vis-à-vis des gens, j'ai eu peur qu'on vienne me voir pour me prendre en pitié, qu'on me répète "c'est dur ce qui t'arrive..." Ça se serait passé comme ça, parce que je ne me suis jamais mis à l'écart du monde. Je ne le suis pas à Angers, mais j'y suis aussi plus anonyme. »
- Allez-vous conseiller à vos fils de devenir footballeur ?
« Non, ce n'est surtout pas une obligation. La passion des parents ne doit pas être débordante. Je les ai assez gavés avec le foot... Après, s'ils me le demandent, j'irai. Mais ce sera à eux de réussir. Moi, je n'ai jamais profité d'un piston. Beaucoup ont voulu aider les "fils de..." Ça ne marche pas. »
- Avez-vous un regret ?
« Oui, ne pas être resté à Valenciennes. J'aurais dû finir ma carrière ici car, ici aussi, on aurait détecté mon problème. »
- Que voulez-vous qu'on retienne de vous ?
« Que je me suis plu dans le Nord. Et, avec beaucoup de prétention, que j'ai donné envie de regarder du foot à des gens qui ne le faisaient pas. »
- De qui allez-vous rester proche dans le monde du foot ?
« Je ne fréquente pas forcément beaucoup ce milieu. Mais j'y ai de vrais amis. José (Saez), bien sûr en fait, beaucoup de mes équipiers à Valenciennes. Je pense à Greg (Pujol) et bien d'autres... Et puis, il faut mesurer une chose au sujet de VA, ceux qui ont été de l'aventure du National à la L1 sont liés à jamais. Pour les gens, avec José (Saez), Rudy (Mater ), Éric (Chelle), nous étions les champions du monde ! »
- Un ami aussi en équipe de France ?
« Franck Ribéry, Rod Fanni aussi. Avec les joueurs de l'équipe de France, c'est difficile quand même. Tu n'as pas le même parcours qu'eux.
Il faut bien mesurer que Thierry Henry et les joueurs de sa génération se connaissent et jouent ensemble depuis l'âge de 15 ans. Moi, je suis arrivé à 30 ans. J'avais juste quinze ans de retard et tu ne les rattrapes pas en trois jours... Avec Ribéry, c'est autre chose. Je le connaissais un peu du National, quand il jouait à Brest. Et puis, c'est quelqu'un d'hyper simple. Nous étions dans la même chambre. Il savait à qui il avait affaire. Il a pu s'épanouir côté conneries... »
- Même si vous n'avez jamais vraiment été langue de bois, vous sentez-vous plus libre de parole ?
« Non. J'ai encore des responsabilités vis-à-vis du monde du foot et en tant que parent. Et puis, je vais bientôt commenter, alors... »
- Avez-vous l'impression de démarrer une nouvelle vie ?
« Non. Le foot, ce n'était qu'une parenthèse. Une belle parenthèse. »
- Avez-vous encore des rêves ?
« Je veux que le K9 (le restaurant de Valenciennes) s'épanouisse. Cela a été compliqué sur le plan humain, car j'ai perdu deux collaborateurs et amis (son associé et le gérant ont, tous les deux, succombé à une maladie). Le K9, c'est mon port d'attache à Valenciennes, alors, il est important dans ma vie. J'ai également envie de prendre du plaisir dans d'autres sports. »
- Le foot, à quel point c'est totalement fini ?
« Je peux encore y être consultant. Entraîneur, non, pas pour l'instant. Je sais combien c'est compliqué. Il faut être impliqué à 100 % et être prêt. »
- Quel club continuez-vous à suivre ?
« VA bien sûr. Monaco aussi, même si ç'a été très bref. Ça peut sembler paradoxal, mais l'accueil que j'ai reçu là-bas m'a fait penser à Valenciennes. Les deux clubs se ressemblent un peu. »
- Est-ce difficile de descendre de l'affiche après trois ou quatre années brûlantes sur le plan médiatique ?
« Oui. On a tous un ego et chez le sportif de haut niveau il est surdimensionné. On n'a pas la même vie. Les gens payent pour te voir.
Quand ça redescend, c'est la décompression. Je pense que je ne l'ai pas encore vécue. »
- Avant, le matin, vous preniez votre sac de sport. Maintenant, que prenez-vous ?
« Le sac d'école de mon fils. Je le faisais déjà avant, mais je soigne encore plus ces moments-là. »
- Vous sentez-vous capable de faire autre chose dans le monde du spectacle ? Du cinéma comme Cantona ?
« Si on me le proposait, je prendrais ça avec énormément de recul. Il ne faut pas s'inventer de qualités. Il faut avoir du talent.
Ce n'est pas parce que j'ai joué au foot que je peux parler de politique, par exemple. Si on s'intéresse à moi, je prendrai du recul pour au moins voir ce qu'il en est. »
ENTRETIEN RÉALISÉ PAR RICHARD GOTTE vds@lavoixdunord.fr PHOTOS DIDIER CRASNAULT - Retrouvez les commentaires de Steve Savidan sur l'actualité sportive du week-end au fil des pages de ce numéro.

























